Optigestion - Edito - Octobre 2022 Jacques_DE_PANISSE_fond_opti_x600

Faut-il prendre le risque ?

Par Jacques DE PANISSE

Président, Gérant et Associé

 

Au cours du mois de septembre, les marchés financiers ont pris conscience de leur excès d’optimisme estival.
La baisse des cours du pétrole - peut-être seulement temporaire - n’empêche pas l’inflation de se diffuser dans un nombre grandissant de secteurs.
L’inflation cœur, qui exclut l’énergie et l’alimentation, continue de progresser et les anticipations d’inflation qui reflètent une perspective de long terme se dégradent lentement. Enfin, l’érosion persistante du pouvoir d’achat incite les salariés à réclamer des augmentations de salaire.
Les employeurs en acceptent le principe et engagent des négociations d’autant plus volontiers que les tensions sur le marché du travail laissent présager de difficultés inévitables en cas de recherche d’un nouveau salarié.

Les pourparlers préalables à la mise en place d’un plan de revalorisation des salaires prennent un certain temps, tout comme l’élaboration et l’application d’un nouveau tarif. L’impact du coût des matières premières et des intrants se manifeste graduellement du fait de prix souvent garantis par des contrats de couverture qui parviennent à échéance progressivement. Ainsi, une grande partie des hausses de prix ne s’est pas encore diffusée et c’est ce lent travail d’imprégnation qui est à l’œuvre.
Conscientes de cette dynamique, la FED américaine et la plupart des autres banques centrales ont décidé d’augmenter leurs taux d’intérêts, mesure qui permet de freiner toute forme de nouvelle dépense à crédit, ce qui affecte les consommateurs comme les entreprises. La forte remontée des taux d’intérêt aux Etats-Unis, couplée à une contraction de la liquidité par une réduction du bilan de la FED entamée récemment, devrait provoquer une récession dont les prémices se confirment.
Jusqu’à maintenant, la valeur des actions cotées a baissé du fait d’une réduction significative des price earnings (ratio de valorisation) qui sont automatiquement impactés par la hausse des taux d’intérêts. En revanche, les résultats des sociétés n’ont pas encore été touchés par la crise. Les analystes continuent de prévoir des profits des entreprises européennes en 2022 supérieurs de 7% à ceux de 2021. (Alphavalue - résultat obtenu sur 553 sociétés suivies). Pourtant, il est de plus en plus probable qu’une récession se profile de part et d’autre de l’Atlantique. Le dilemme à ce jour est d’apprécier l’ampleur de ce ralentissement et la dégradation des cours qui en résultera.
La baisse enregistrée sur les actions atteint 20% à 30% suivant les indices. Est-elle la seule conséquence de la remontée des taux d’intérêt ou intègre-t-elle déjà une part de la récession future ? Jusqu’à récemment la récession paraissait incertaine à la plupart. Faut-il en déduire que la part de détérioration des résultats futurs des entreprises n’a pas vraiment été pris en compte dans l’ajustement des cours déjà enregistré.
Les entreprises vont se trouver bientôt confrontées à une charge de la dette plus élevée, des salaires plus élevés et un coût de l’énergie possiblement beaucoup plus élevé. Pourront-elles répercuter ce triple surplus de charges alors que leur situation compétitive à l’export se trouvera affaiblie et que les consommateurs subiront un moindre pouvoir d’achat. Il est clair que les chiffres d’affaires et les marges en seront affectés. Les banques centrales sont bien évidemment conscientes du double choc subi par les fonds de pension, ces grands gestionnaires d’épargne qui serviront les futures retraites. Pour la première fois, les deux compartiments, taux d’une part et actions de l’autre, subissent la même tendance baissière. Une dégradation supplémentaire pourrait placer certains de ces fonds dans une situation inquiétante, forçant dès lors la FED à cesser ses interventions restrictives. Avec une psychologie des marchés focalisée sur la remontée des taux d’intérêts, la fin de la hausse suffirait à apaiser les esprits. Les intervenants regarderaient dès lors vers les lendemains de récession et retrouveraient un attrait ravivé pour le risque. Seul le pire peut engendrer le meilleur.
Faut-il prendre le risque de rester investi dans l’espoir que la FED finisse par abdiquer ?

Rédigé le 5 octobre 2022