Les bénéfices face à la gravité
Par Nicolas DOMONT
Gérant Associé
Après un premier semestre particulièrement dynamique sur les marchés actions, juillet et août ont offert un test intéressant aux investisseurs. Sur la première partie de l’été, les principaux gagnants de l’année ont corrigé, les prises de bénéfices se sont multipliées et les positions les plus consensuelles ont été mises à l’épreuve. Dans le même temps, les tensions géopolitiques, le pétrole et la remontée des taux longs auraient pu fragiliser davantage les indices. Pourtant, les actions ont résisté. Derrière le bruit des marchés, une réalité demeure : les entreprises continuent de délivrer.
Il ne faut jamais oublier que le taux d’intérêt représente avant tout le coût de l’argent. Lorsqu’il est faible, se financer coûte peu et les placements sans risque offrent un rendement limité. Les investisseurs sont alors incités à rechercher davantage de rendement en acceptant davantage de risque. Lorsque les taux augmentent, cette mécanique s’inverse. Le financement devient plus coûteux, les actifs moins risqués redeviennent plus attractifs et le niveau d’exigence envers les actions augmente.
Les taux agissent ainsi comme une forme de gravité sur les marchés financiers. Lorsqu’ils sont faibles, les valorisations peuvent plus facilement prendre de l’altitude. Lorsqu’ils augmentent, la gravité se renforce et il faut davantage de puissance pour continuer à monter. Cette puissance, ce sont les bénéfices. Une action peut s’apprécier parce que les investisseurs acceptent de payer plus cher chaque euro de résultat, mais également parce que l’entreprise crée davantage de valeur et démontre sa capacité à faire progresser durablement ses résultats. La première mécanique dépend beaucoup du sentiment et des conditions financières. La seconde repose sur les fondamentaux et sur la capacité de l’entreprise à transformer sa croissance en résultats durables.
C’est précisément ce qui a rassuré cet été. Plus intéressant encore, cette dynamique ne repose plus uniquement sur quelques géants technologiques. Lorsque la technologie et les semi-conducteurs ont corrigé, les financières, la santé et les industrielles ont progressivement pris le relais. Puis, lorsque les valeurs technologiques ont retrouvé de l’élan, ces nouveaux moteurs n’ont pas disparu. Il ne s’agit donc pas d’une envolée généralisée des indices, mais plutôt d’un rééquilibrage. Après un premier semestre durant lequel quelques coureurs avaient largement distancé le peloton, le témoin commence à circuler. Cette rotation réduit la dépendance à quelques très grandes capitalisations et redonne de l’importance à la sélection des entreprises.
L’intelligence artificielle illustre également cette évolution. La question n’est désormais plus seulement de savoir combien les entreprises investiront dans cette révolution technologique, mais ce que ces investissements finiront par rapporter. Les besoins en capacités de calcul continuent d’alimenter un cycle d’investissement considérable dans les semi-conducteurs et leurs équipements. Mais après les promesses vient progressivement le temps des preuves. Investir massivement ne suffit pas. Il faut transformer ces dépenses en revenus, en flux de trésorerie et, finalement, en création de valeur.
Les incertitudes n’ont évidemment pas disparu. Les taux restent élevés, l’inflation demeure surveillée et l’environnement géopolitique reste instable. Pourtant, les entreprises continuent de démontrer leur capacité à croître, à préserver leurs marges et à investir. Dans un environnement où le capital coûte davantage, toutes ne sont cependant plus logées à la même enseigne. La solidité du bilan, la génération de trésorerie, la rentabilité des investissements et la visibilité sur les résultats futurs deviennent déterminantes. Attendre que toutes les incertitudes disparaissent avant d’investir revient souvent à attendre que les marchés aient déjà intégré une grande partie des bonnes nouvelles.
Nous considérons que la progression actuelle des bénéfices constitue un soutien important aux marchés actions. Lorsque la performance cesse de dépendre de quelques géants et se diffuse à davantage de secteurs, la sélection de valeurs retrouve toute son importance. Dans ce contexte, il faut rester constructif sur les actions et considérer les périodes de consolidation davantage comme des opportunités de sélection que comme des raisons de s’écarter du marché. Plutôt que d’attendre le moment parfait, il faut rester investi et rechercher les entreprises capables de transformer la croissance économique en création de valeur durable.
Rédigé le 2 septembre 2026
