Nicolas Domont New fond optiL'Or Gris

Par Nicolas DOMONT

Gérant Associé

 

Chaque époque possède sa ressource stratégique. Pendant des siècles, l'or jaune a incarné la richesse, soutenu les monnaies et financé les empires. Au XXᵉ siècle, le pétrole, rapidement surnommé « l'or noir », est devenu le moteur de la révolution industrielle, des transports et de la mondialisation. Plus récemment, le lithium, le cuivre ou les terres rares, parfois qualifiés d'« or blanc », se sont imposés comme des ressources essentielles à l'électrification de nos économies. 

Aujourd'hui, une nouvelle forme de richesse émerge progressivement : la puissance de calcul. Un véritable « or gris », au cœur de la révolution de l'intelligence artificielle.

L'actualité illustre parfaitement cette transformation. Les investissements dans les Data Centers atteignent des niveaux inédits, les besoins en semi-conducteurs explosent, tandis que les États-Unis, la Chine ou encore l'Europe multiplient les plans destinés à renforcer leur souveraineté technologique. Derrière cette course mondiale ne se cache pas uniquement une compétition pour l'intelligence artificielle. Elle révèle une bataille beaucoup plus fondamentale : celle de la maîtrise de la ressource stratégique du XXIᵉ siècle.

L'histoire économique montre que les grandes puissances ne dominent jamais par hasard. Elles maîtrisent toujours la ressource qui alimente la croissance de leur époque. L'Angleterre a bâti sa puissance sur le charbon et la machine à vapeur. Les États-Unis ont largement construit leur leadership autour du pétrole, de l'industrie et des nouvelles technologies. Aujourd'hui, la puissance économique repose de plus en plus sur la capacité à produire, stocker et exploiter d'immenses volumes de données grâce à des infrastructures de calcul toujours plus performantes. 

Chaque ressource stratégique accompagne une révolution économique. L'or jaune a favorisé le développement du commerce et de la finance. Le pétrole a permis l'essor de l'industrie moderne. Les métaux critiques accompagnent aujourd'hui la transition énergétique. La puissance de calcul ouvre, quant à elle, une nouvelle révolution fondée sur la digitalisation, l'intelligence artificielle, l'automatisation, la robotique et l'analyse massive des données. À chaque étape, la ressource évolue parce que les besoins de l'économie évoluent. 

La différence est qu'aujourd'hui, le nouvel or ne s'extrait plus du sous-sol. Il se construit.

Autrefois, les nations creusaient des mines. Aujourd'hui, elles construisent des Data Centers. Elles investissent dans les semi-conducteurs, les réseaux, les infrastructures cloud, les capacités énergétiques et les technologies capables d'alimenter les modèles d'intelligence artificielle. La richesse ne s'extrait plus ; elle se calcule. 

Cette évolution dépasse largement le cadre de la technologie. Elle redessine déjà les rapports de force économiques et géopolitiques. Pourquoi les semi-conducteurs sont-ils devenus un enjeu stratégique ? Pourquoi Taïwan occupe-t-elle une place aussi centrale dans les équilibres mondiaux ? Pourquoi les États investissent-ils massivement dans leurs propres capacités de calcul ? Parce que maîtriser cette nouvelle ressource revient progressivement à maîtriser une partie de la croissance, de l'innovation et de la souveraineté économique des prochaines décennies. 

Les marchés ont toujours accompagné ces grandes transformations. Ils financent rarement l'économie d'hier ; ils cherchent à identifier les moteurs de celle de demain. Chaque révolution industrielle a vu émerger ses champions, capables de transformer une innovation en avantage compétitif durable. L'intelligence artificielle suivra probablement la même trajectoire. Toutes les entreprises n'en bénéficieront pas de la même manière, mais celles qui maîtriseront les infrastructures, les technologies ou les usages les plus différenciants concentreront une part importante de la création de valeur. 

Nous considérons que la puissance de calcul constitue déjà l'une des ressources stratégiques majeures du XXIᵉ siècle. Comme l'or ou le pétrole en leur temps, elle redéfinit progressivement les équilibres économiques, industriels et géopolitiques. Dans cet environnement en pleine mutation, notre conviction est que la création de valeur se construira auprès des entreprises qui développent les infrastructures, les technologies et les usages de demain. C'est précisément cette lecture des grandes transformations qui guide notre gestion active. 

 Rédigé le 30 juin 2026