Garder le cap
Par Nicolas DOMONT
Gérant Associé
Le mois de mars aura rappelé avec force une réalité inhérente aux marchés financiers : la volatilité n’est pas une anomalie, mais une composante structurelle de l’investissement. Dans un environnement marqué par la résurgence des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, les marchés actions ont enregistré une correction significative, avec un CAC 40 en recul proche de 9 %, un pétrole repassant au-dessus des 100 dollars et des indicateurs de volatilité en zone de stress. Ce mouvement, bien que marqué, s’inscrit dans une dynamique classique d’ajustement des marchés face à un choc exogène, comme une mer qui se forme brusquement sous l’effet d’un changement de pression.
Ces phases de correction ne constituent pas des épisodes exceptionnels. Elles jalonnent l’histoire des marchés et participent à leur bon fonctionnement. Des replis de l’ordre de 5 à 10 % interviennent régulièrement, parfois à plusieurs reprises au cours d’une même année. Elles permettent aux marchés de corriger leur trajectoire, comme un navire qui ajuste son cap face à un changement de vent, en réintégrant de nouvelles informations économiques, financières ou géopolitiques. Le mouvement observé en mars relève avant tout d’une réaction à une montée des tensions internationales et à ses implications sur les prix de l’énergie, davantage que d’une dégradation profonde des fondamentaux économiques.
Le pétrole, en particulier, joue un rôle central dans ces phases d’ajustement. Une hausse rapide du baril agit comme un vent contraire : elle alimente les anticipations d’inflation, influence la trajectoire des politiques monétaires et pèse sur les perspectives de marges des entreprises. Les marchés intègrent alors ces évolutions avec rapidité, ajustant les valorisations en fonction des scénarios les plus plausibles. Cette capacité d’anticipation, parfois perçue comme excessive à court terme, constitue en réalité l’un des mécanismes fondamentaux de formation des prix.
Dans ce contexte, le principal risque pour l’investisseur ne réside pas tant dans la correction elle-même que dans la réaction qu’elle peut engendrer. Vendre dans la baisse revient à quitter le navire au moment où la mer est la plus agitée. Céder à la volatilité revient à transformer une perte temporaire en perte définitive, ou à quitter le marché au moment où la visibilité est la plus réduite. C’est souvent précisément à cet instant que les marchés commencent à se stabiliser, comme une mer qui se calme alors même que l’on envisage de faire demi-tour. L’expérience montre que les rebonds interviennent de manière rapide et difficilement anticipable, concentrant une part significative de la performance sur un nombre limité de séances.
Au-delà des mouvements de marché, il convient de rappeler une réalité plus structurelle : l’économie mondiale repose sur la continuité des flux. Flux énergétiques, flux de matières premières, flux logistiques et financiers. Ces flux ne s’interrompent pas avec la volatilité. Lorsqu’un choc survient, comme une hausse brutale du pétrole, des mécanismes d’ajustement se mettent en place. Les stocks évoluent, les comportements d’offre et de demande se rééquilibrent, et un nouvel équilibre se dessine progressivement. À l’image d’un ressort que l’on comprime, les tensions accumulées finissent par se relâcher, parfois plus rapidement qu’anticipé.
Les marchés financiers s’inscrivent dans cette dynamique. S’ils peuvent amplifier les mouvements à court terme, ils reflètent, sur la durée, ces processus d’ajustement. La correction observée en mars traduit ainsi davantage une phase d’adaptation qu’une remise en cause des équilibres économiques sous-jacents, qui demeurent globalement solides, en particulier aux États-Unis.
Dans ce contexte, l’histoire des marchés actions apporte un éclairage essentiel. Sur longue période, malgré les crises, les tensions géopolitiques et les épisodes de volatilité, les marchés actions ont généré des performances annualisées de l’ordre de 7 à 9 %. Plus encore, plusieurs études montrent que manquer seulement les dix meilleures séances sur une période de vingt ans peut réduire significativement la performance globale.
Ces constats rappellent une réalité fondamentale : la performance se construit dans la durée, au prix d’une volatilité parfois inconfortable. La volatilité est inconfortable, mais elle reste indissociable de la performance.
Nous considérons que l’investissement ne consiste pas à éviter les tempêtes, mais à savoir les traverser. C’est dans la discipline, la constance et la compréhension des cycles que se construit la performance durable.
Nicolas Domont
Gérant Associé
Rédigé le 2 mars 2026
