Nicolas Domont New fond optiLa clarté recherchée, l'incertitude sanctionnée

Par Nicolas DOMONT

Gérant Associé

 

Après les turbulences du mois de mars, les marchés financiers semblent retrouver une forme d’accalmie. Mais comme souvent après une tempête, ce retour au calme ne signifie pas un retour à la situation initiale. Il révèle une réalité plus exigeante : lorsque le vent se calme, ce n’est plus la direction générale qui fait la performance, mais la qualité du navire.

 

Pendant plusieurs années, les marchés ont été portés par un environnement favorable. Taux bas, abondance de liquidités, soutien des banques centrales : autant de vents porteurs qui ont permis à de nombreuses entreprises de progresser, parfois indépendamment de leur capacité réelle à créer de la valeur. Dans ce contexte, la distinction entre les modèles solides et les modèles plus fragiles était moins visible.

Aujourd’hui, le paysage a changé. Le vent des taux est moins favorable, et les investisseurs ne peuvent plus compter uniquement sur l’environnement pour générer de la performance. Il faut désormais s’appuyer sur le moteur propre de chaque entreprise : sa capacité à croître, à générer des marges et à exécuter sa stratégie. Le marché devient plus sélectif.

Dans cet environnement, un critère s’impose : la visibilité. Dans un monde marqué par les incertitudes géopolitiques, les tensions sur les coûts et des cycles moins lisibles, les investisseurs recherchent de la clarté. Comme dans un brouillard épais, ce ne sont pas les promesses lointaines qui rassurent, mais les repères proches et tangibles, à l’image de phares qui guident la direction.

Le premier de ces repères est le pricing power, souvent résumé comme la capacité d’une entreprise à augmenter ses prix. En réalité, le raisonnement doit être inversé. Une entreprise ne décide pas seule de ses prix : elle les impose lorsque les conditions de marché le lui permettent. Le pricing power n’est pas une conséquence, c’est le résultat d’un rapport de force structurel.

Il est avant tout le reflet d’un déséquilibre entre l’offre et la demande. Lorsqu’une entreprise fait face à une demande forte et durable, supérieure à sa capacité de production, elle se retrouve en position de force. À l’inverse, dans un marché saturé, c’est le client qui fixe le prix.

Plusieurs éléments concrets permettent de créer ce déséquilibre. Un carnet de commandes rempli offre de la visibilité et réduit la pression commerciale. Une bonne maîtrise des stocks évite de vendre dans l’urgence. Une position de leadership, ou une différenciation forte, limite la concurrence et renforce le pouvoir de négociation. Enfin, la rareté, qu’elle soit technologique, industrielle ou liée à la marque, agit comme un levier puissant.

On peut comparer cela à une salle de concert. Lorsque les places sont nombreuses et la demande faible, les prix baissent pour remplir la salle. À l’inverse, lorsque la demande dépasse l’offre, les prix montent naturellement. Le pricing power fonctionne de la même manière : il ne se décrète pas, il se constate.

Le deuxième pilier de cette visibilité réside dans la capacité à projeter son activité. Une entreprise disposant d’un carnet de commandes solide ou de revenus récurrents apporte une lisibilité précieuse sur ses flux futurs. Elle transforme l’incertitude en trajectoire.

La stratégie constitue un troisième élément déterminant. Dans un monde en mutation rapide, les entreprises doivent être capables de tracer une route claire et cohérente. Une vision lisible agit comme une boussole : elle permet de naviguer même lorsque les conditions se dégradent.

Ces éléments convergent vers une même réalité : le marché ne valorise plus uniquement la croissance, mais la qualité de cette croissance. Il ne s’agit plus seulement d’aller vite, mais d’aller avec visibilité, discipline et cohérence.

Au fond, le véritable enjeu pour les investisseurs est de réduire l’incertitude. Les marchés détestent ce qu’ils ne peuvent pas anticiper. Ils acceptent la volatilité, mais exigent de la lisibilité. Investir revient ainsi à distinguer les entreprises capables d’éclairer leur trajectoire de celles qui avancent dans le brouillard.

Dans ce contexte, la performance ne dépend plus uniquement du mouvement des marchés, mais de la capacité à identifier ces entreprises.

Nous considérons que dans un environnement incertain, la performance ne se trouve plus dans le bruit des marchés, mais dans la capacité des entreprises à apporter de la clarté. Là où l’incertitude domine, la visibilité devient la véritable source de valeur. 

 

 Rédigé le 30 avril 2026