Rester à quai ou monter à bord ?
Par Nicolas DOMONT
Gérant Associé
L'histoire économique montre que les capitaux ne se répartissent jamais de manière uniforme. Ils se dirigent vers les secteurs capables de transformer durablement l'économie. Hier le chemin de fer, l'électricité ou Internet. Aujourd'hui, l'intelligence artificielle. Cette concentration des flux alimente régulièrement les débats. Certains y voient les prémices d'une bulle. Nous y voyons avant tout l'expression d'une conviction forte des marchés : l'intelligence artificielle constitue l'une des plus importantes révolutions technologiques depuis l'émergence d'Internet.
Pour comprendre ce phénomène, il faut s'intéresser à la manière dont se construisent les grandes transformations économiques. Lorsqu'une nouvelle ville émerge, les premiers investissements ne concernent pas les commerces, les bureaux ou les habitations. Ils financent les routes, les ponts, les réseaux d'eau et d'électricité. Les infrastructures précèdent toujours les usages.
L'intelligence artificielle suit aujourd'hui une logique comparable. Avant d'imaginer les applications qui transformeront durablement nos habitudes de consommation ou nos méthodes de travail, il faut construire les fondations nécessaires à leur développement. Cela passe par des Data Centers toujours plus puissants, des semi-conducteurs spécialisés, des réseaux de communication performants et des capacités énergétiques capables d'alimenter l'ensemble de cet écosystème.
Cette phase de construction explique pourquoi les capitaux se concentrent aujourd'hui sur les infrastructures liées à l'intelligence artificielle. Les investisseurs ne financent pas seulement une technologie ; ils financent l'outil de production d'une future vague de croissance économique. Comme lors de chaque révolution industrielle, l'investissement précède l'usage.
Les grandes transformations suivent souvent le même schéma. Dans un premier temps, les capitaux financent les infrastructures. Dans un second temps apparaissent les usages. Enfin, les gains de productivité se diffusent progressivement à l'ensemble de l'économie. Les chemins de fer ont précédé l'industrialisation à grande échelle. Les réseaux Internet ont précédé le commerce en ligne. Les Data Centers ont précédé l'explosion du cloud. Aujourd'hui, l'accélération des infrastructures de calcul prépare une nouvelle vague d'usages liés à l'intelligence artificielle, dont une grande partie reste encore à inventer. Comme lors de l'arrivée d'Internet, les infrastructures précèdent les applications qui transformeront demain les habitudes de consommation, les méthodes de travail et l'organisation des entreprises.
Derrière cette concentration des capitaux se cache une idée simple : les grandes révolutions technologiques créent de la valeur lorsqu'elles améliorent la productivité. L'électricité a transformé l'industrie. Internet a révolutionné l'accès à l'information. L'intelligence artificielle transforme déjà la production de services, l'analyse de données, la recherche ou encore l'automatisation de nombreuses tâches répétitives. Les marchés cherchent aujourd'hui à financer les infrastructures qui permettront cette diffusion.
Cette dynamique produit naturellement une concentration des flux. Plus les perspectives de croissance sont importantes, plus les capitaux affluent. Plus les capitaux affluent, plus les capacités de production augmentent. Un cercle vertueux se met alors en place. À l'image d'une boule de neige qui grossit en dévalant une pente, les investissements attirent de nouveaux investissements, renforçant encore l'attractivité de la thématique.
Pour autant, concentration ne signifie pas succès garanti. L'histoire montre que toutes les entreprises exposées à une révolution technologique ne deviennent pas des leaders durables. La révolution Internet a créé certains des plus grands groupes mondiaux, mais elle a également laissé derrière elle de nombreux acteurs incapables de transformer leurs promesses en rentabilité. Une mégatendance constitue une condition favorable, mais elle ne garantit jamais la création de valeur.
C'est précisément là que réside toute la difficulté de l'investissement. Identifier une mégatendance est une première étape. Comprendre où se situe réellement la création de valeur en est une autre. Entre les infrastructures, les fournisseurs de technologies, les plateformes et les futurs usages, les gagnants de demain ne sont pas toujours ceux que l'on imagine aujourd'hui.
Les grandes révolutions technologiques ont toujours créé leurs gagnants, leurs infrastructures et leurs nouveaux leaders économiques. L'intelligence artificielle ne fait pas exception. Les capitaux se concentrent aujourd'hui là où les marchés anticipent les gains de productivité de demain. À mesure que cette technologie se diffuse dans l'ensemble de l'économie, la création de valeur se déplacera vers les entreprises capables de transformer cette innovation en croissance durable. Nous considérons que l'enjeu n'est donc plus de savoir où se situe la tendance, mais d'identifier dès aujourd'hui les leaders qui façonneront l'économie de demain. C'est précisément dans cette capacité à sélectionner les entreprises les mieux positionnées au sein de ces grandes transformations que la gestion active prend tout son sens .
Rédigé le 1er juin 2026
