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L'été peut être chaud !

Par Jacques DE PANISSE

Président du Directoire, Gérant et Associé

Toutes les planètes sont alignées, les marchés financiers devraient continuer de progresser. Près de la moitié de la population occidentale sera bientôt vaccinée. Les économies se reprennent significativement, avec des taux de croissance révisés à la hausse. Les résultats des entreprises réservent de bonnes surprises, le montant total des profits européens de 2021 devrait être légèrement supérieur à celui de 2019, effaçant ainsi en un an l’effondrement de 2020. Les banques centrales gardent en perspective le niveau accru de l’endettement des Etats et s’efforcent de maintenir les taux aussi bas que possible, aussi longtemps que possible.

Le confinement a occasionné un intérêt accru des 25 – 40 ans pour les actions, générant un flux de demande supplémentaire sur les marchés boursiers. Euronext qui gère les transactions de 1 450 émetteurs européens - représentant une capitalisation de 4 500 milliards d’euros et notamment la moitié des entreprises de l’Euro Stoxx 50 - fait état d’un nombre de particuliers en bourse qui a plus que doublé en 18 mois. Cette population jeune investit avec audace sur les actions et s’intéresse en priorité aux sociétés dont elle connait les produits, ce qui peut expliquer en partie le parcours des secteurs technologiques.
Ainsi, les fondamentaux demeurent très bien orientés - quelle que soit l’approche, déductive ou inductive, retenue pour les analyser –, la demande pour les actions est soutenue, les perspectives sont favorables et devraient le rester. Alors partons tranquilles en vacances et savourons cette période de repos bien méritée. C’est l’opinion partagée par la majorité des intervenants qui demeurent très confiants.
Si le fond de carte présente de nombreux facteurs encourageants, certaines zones d’ombre et une méfiance naturelle pour le consensus peuvent conduire à plus de circonspection.
Il faut se focaliser sur la situation américaine et Wall Street qui demeurent les références clés en matière financière. Aux Etats-Unis, les loyers représentent 40% de l’inflation sous-jacente, or ce n’est que fin juillet que le moratoire sur les expulsions des locataires en défaut de paiement de leur loyer, prolongé à plusieurs reprises, devrait arriver à son terme. Cette échéance pourrait déclencher une hausse non négligeable du loyer moyen.
Un autre facteur intrigue, le « quit rate », la part des salariés qui ont volontairement démissionné de leur emploi. Il a atteint un plus haut historique. Or ce ratio a toujours été un bon indicateur avancé de l’augmentation des salaires. Et comme nous le savons l’inflation ne dérange qu’à partir du moment où elle contamine les salaires.
L’activité exceptionnellement élevée des introductions en bourse et du capital-investissement s’accompagne souvent de valorisations excessives qui se propagent aux marchés d’actions.
Enfin, la clarté du panorama est depuis peu ternie par le développement du variant delta qui pourrait calmer l’enthousiasme.
Le catalyseur susceptible de déclencher une remise en cause des valorisations actuelles peut venir soit d’une variation imprévue d’un paramètre économique, soit d’une mauvaise interprétation de propos de la banque centrale.
Une série de statistiques chinoises témoignant d’un indiscutable ralentissement économique pourrait déclencher un retournement d’opinion.
Le pilotage assuré par la FED pourrait déstabiliser les intervenants, en cas de surréaction mais aussi en cas de sous-évaluation manifeste d’une dégradation notoire. La situation est donc plus fragile qu’il n’y paraît.
Les résultats du 2ème trimestre seront de bonne facture mais ils sont anticipés. Ceux du 3ème trimestre seront affectés par une comparaison un an avant moins flatteuse. L’érosion de la croissance observée des profits d’un trimestre à l’autre ne sera que visuelle, elle n’en demeurera pas moins dévalorisante, comme toute décélération souvent synonyme de retournement.
Il peut paraître sage de procéder à une légère réduction de l’exposition accompagnée d’un recentrage sur des valeurs aux fondamentaux solides.
Bonnes vacances !

 

 Rédigé le 5 juillet 2021