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Pascal Lamy, ancien directeur général de l'Organisation mondiale du commerce, a expliqué, mercredi sur franceinfo, que la rencontre entre Jean-Claude Juncker et Donald Trump a pour but de raisonner le chef d'État américain sur la possible mise en place d'une taxe sur les importations de voitures européennes.

FranceInfo - 25 juillet 2018

"Jean-Claude Juncker va voir Donald Trump pour tenter de le raisonner." C'est ainsi que l'ancien directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) a défini la rencontre entre le président de la Commission européenne et le chef d'État américain, mercredi 25 juillet à Washington. Pour Pascal Lamy, mercredi sur franceinfo, Donald Trump "a une idée du commerce international qui ressemble à ce qui se passait au Moyen Âge".

 

À l'occasion de cette rencontre entre Jean-Claude Juncker et Donald Trump, la guerre commerciale déclarée par les États-Unis avec des taxes sur l'importation d'acier et d'aluminium européens, qui pourraient se compléter prochainement par une taxe sur les importations de voitures européennes aux États-Unis va être évoquée.

franceinfo : Jean-Claude Juncker dit ne pas être "excessivement optimiste" avant sa rencontre avec Donald Trump. Est-ce qu'il a raison ?

Pascal Lamy : Oui parce que Jean-Claude Juncker va voir Donald Trump pour tenter de le raisonner alors qu'il sait très bien, comme nous tous, que Monsieur Trump n'est pas quelqu'un de raisonnable. Cela ne va donc pas être commode. Il faut raisonner Monsieur Trump qui a une idée du commerce international qui ressemble pas mal à ce qui se passait au Moyen Âge. Je pense qu'on va finir par y arriver et les mieux placés pour cela ce sont les américains eux-mêmes. On commence d'ailleurs à avoir les premiers signes au sein de l'opinion américaine d'une certaine volonté de contenir les rodomontades de Monsieur Trump.

Monsieur Trump est obsédé par le fait qu'il y a beaucoup de Mercedes à New-York et qu'il n'y a pas de Chevrolet à Berlin.Pascal Lamy

Pourtant, il faut que Jean-Claude Juncker lui explique, par exemple, que taxer les voitures européennes aux États-Unis ne va pas changer le fait que les Européens ne consomment pas de voitures américaines. Il pense que c'est une affaire de droits de douane. Il se trompe complètement. La raison pour laquelle il y a plein de Mercedes à New-York, c'est que les Américains aiment bien les voitures allemandes et la raison pour laquelle, il n'y a pas de Chevrolet à Berlin, c'est parce que les Allemands - comme les Français et les Italiens - n'aiment pas les voitures américaines. Il a tort sur ce point.

Peut-il y avoir des aspects positifs à cette rencontre ?

Oui parce qu'il n'a pas forcément tort sur d'autres sujets, comme vouloir mieux discipliner un certain nombre de pratiques chinoises. Simplement, il faut aussi que Jean-Claude Juncker essaie de persuader Trump que ça ne se fait pas brutalement avec des coups de poing et des insultes. Cela se fait de manière coopérative, négociée et ce n'est pas comme ça qu'il arrivera à bout des pratiques chinoises. Il faut s'y mettre à plusieurs, avec les Européens, les Américains et les Japonais, pour faire pression sur les Chinois. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Jean-Claude Juncker ne va voir Donald Trump à Washington qu'après être allé voir les dirigeants chinois à Pékin la semaine dernière. Il faut que l'Union européenne se rassemble avec les Américains pour faire pression sur les Chinois et avec les Chinois pour faire pression sur les Américains. C'est comme cela qu'on défendra le mieux les intérêts européens.

Donald Trump ne commence-t-il pas à être pris à son propre piège en étant forcé d'aider ses agriculteurs à cause des sanctions européennes et chinoises à la suite des taxes qu'il a imposées ?

C'est un des premiers signes du fait que sa stratégie ne fonctionne pas puisque, finalement, c'est le contribuable américain qui va devoir payer pour soulager les agriculteurs américains. Normalement, ça devrait changer à un certain moment le comportement de Donald Trump même si ce n'est pas un monsieur très éduqué sur le plan économique. On peut supposer que, petit à petit, comme ce qu'il fait va lui revenir en boomerang, une partie de l'opinion américaine va comprendre. Au fond, nous, ce qu'on peut faire, c'est aider cette prise de conscience à se faire. Je n'ai cependant pas beaucoup d'espoir avant novembre parce que, jusqu'aux élections [de mi-mandat], Donald Trump n'a qu'une obsession : les gagner. Il sait très bien que, s'il les gagne, il sera probablement réélu, s'il les perd, les deux dernières années de ce mandat vont être difficiles. Il est braqué là-dessus et, une fois de plus, ce sont des questions de politique intérieure américaine qui dominent.