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En proposant une sortie à l'État, Sébastien Bazin, PDG ­d'AccorHotels, tente un pari risqué.

Le Figaro.fr - 4 juin 2018 - Par Mathilde Visseyrias et Valérie Collet.

À qui profiterait l'entrée d'AccorHotels au capital d'Air France-KLM? Lundi, les investisseurs ont froidement accueilli la perspective que le groupe hôtelier puisse racheter à l'État sa participation de 14,3 % dans Air France-KLM. AccorHotels a cédé 6,95 % en Bourse et celle du groupe aérien gagné 5,47 %.

AccorHotels a confirmé que des «réflexions» sont en cours avec la compagnie aérienne qui attend un nouveau patron depuis le départ de son PDG, Jean-Marc Janaillac. Ces réflexions sont «préliminaires» à ce stade. Le gouvernement s'est dit, pour sa part, «ouvert au principe» d'un rapprochement entre Air France-KLM et AccorHotels. Selon Delphine Gény-Stephann, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances, une alliance «est sans doute un projet industriel qui a des approches intéressantes».

En s'intéressant à Air France-KLM, Sébastien Bazin, PDG d'AccorHotels, vise un double objectif industriel et actionnarial. Avec l'essor d'Airbnb et Booking.com, le monde hôtelier a perdu ses repères et les métiers du tourisme leurs frontières. En plus des appartements et des villas, Airbnb commercialise maintenant des hôtels. La plateforme propose des expériences à vivre et, bientôt des vols. Depuis des mois, AccorHotels multiplie les acquisitions (Potel & Chabot, Onefinestay…), pour élargir la gamme des services proposés à ses clients. Associé à Misterfly, il vend des voyages à forfait (vol + hôtel) sur accorhotels.com

«AccorHotels bénéficierait du savoir-faire d'Air France-KLM en matière de yield management, d'e-commerce et de programme de fidélité»
Les analystes de la banque Oddo-BHF

«AccorHotels bénéficierait du savoir-faire d'Air France-KLM en matière de yield management, d'e-commerce et de programme de fidélité, estiment les analystes de la banque Oddo-BHF. Il pourrait potentiellement utiliser les partenaires du groupe (Delta Air Lines, China Eastern…) comme vecteurs de développement international de sa clientèle et de marketing.» Air France-KLM dépense plus de 900 millions d'euros par an en frais commerciaux et de distribution. C'est bien plus qu'AccorHotels.

Pour Sébastien Bazin, c'est le bon calendrier même si le pari est risqué. Le cours de Bourse d'Air France-KLM est au plus bas - la part de l'État vaut 450 millions. Le PDG d'AccorHotels se présente en sauveur de la compagnie dans l'impasse. Mais il prend aussi le risque de brouiller la perception d'AccorHotels par les investisseurs. Depuis plusieurs années, et surtout depuis l'arrivée de Sébastien Bazin aux commandes, la stratégie a été de recentrer le groupe sur son métier d'hôtelier. Le groupe s'est défait de nombreuses filiales (Edenred, Go Voyages, Courtepaille…). L'an dernier, il s'est réorganisé en logeant les murs d'hôtels dans la filiale AccorInvest, dont il a cédé le contrôle cette année. Il s'agit d'afficher un profil analogue à ses grands concurrents tels que Marriott.

En rachetant Air France-KLM, AccorHotels renouerait avec une stratégie ancienne des compagnies aériennes. Jusqu'en 1994, Air France détenait les hôtels Meridien. KLM détenait la chaîne Golden Tulip et la compagnie scandinave SAS les hôtels Radisson. Outre-Atlantique, Panam a été propriétaire d'Intercontinental jusqu'en 1981. Mais toutes se sont recentrées sur leur métier.

Au sein d'Air France-KLM, certains salariés sont flattés de l'intérêt d'un groupe privé

Dans le passé, AccorHotels et Air France-KLM ont déjà esquissé des partenariats sans aller jusqu'à une entrée au capital. Ce fut le cas en 1999 lorsque Jean-Cyril Spinetta était aux commandes. Ce fut encore le cas avec son successeur, Alexandre de Juniac. Les deux entreprises avaient étudié la possibilité, lors des réservations en ligne de billets Air France, de privilégier l'offre de la plateforme d'AccorHotels plutôt que celle d'Expedia. Mais la capacité du groupe hôtelier s'était avérée trop limitée. Les deux entreprises n'avaient finalement pas dégagé de synergies. Plus récemment d'autres partenariats commerciaux ont été mis en place notamment dans le cadre de FlyingBlue, le programme de fidélité. Mais rien qui puisse encore conduire à un projet industriel.

Au sein d'Air France-KLM, certains salariés sont flattés de l'intérêt d'un groupe privé. Beaucoup sont convaincus que l'État, piètre actionnaire, doit céder sa part. D'autres au contraire jugent que c'est une «fausse bonne idée» et qu'AccorHotels chercherait à concocter une poison pill - une pilule empoisonnée - pour empêcher toute tentative d'OPA de son actionnaire chinois Jin Jiang. En proposant un échange d'actions, Sébastien Bazin sécuriserait la présence de l'État au capital d'AccorHotels, qui compte désormais deux groupes chinois et les fonds souverains du Qatar et d'Arabie saoudite.

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