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Les particuliers sont généralement pris à revers lorsque les tendances de marché s'inversent. Qu'en est-il des professionnels auxquels ils délèguent leur gestion via des fonds flexibles ou des fonds patrimoniaux ?

Les Echos - 23 novembre 2018 - Par Marie-Christine Sonkin

Alors que le CAC 40 passait lundi 19 novembreen dessous des 5.000 points et affiche depuis le début de l'année une perte de plus de 7 %, quelles sont les performances des professionnels ? Au vu des résultats de fonds flexibles ou fonds patrimoniaux depuis le début de l'année et même sur cinq ans, le bilan n'est pas très brillant. Un constat douloureux alors que les épargnants, déçus par la médiocre performance de leurs fonds en euros à capital garanti de leurs contrats d'assurance-vie, cherchent des alternatives. Pour 2017, le rendement moyen de ces fonds était de 1,8 %. Une performance assez médiocre, surtout rapportée à l'inflation… Mais dont se contenteraient aujourd'hui nombre de fonds flexibles ou patrimoniaux.

Quelles différences entre fonds flexibles et fonds patrimoniaux ?

Jean-Paul Raymond, cofondateur et directeur de Quantalys, société dédiée à l'analyse des fonds communs de placement, a créé un observatoire de la gestion flexible où il passe au scanner les fonds les plus gros et les plus accessibles aux particuliers. Chez Quantalys, les fonds sont considérés comme flexibles quand la part actions dans leurs actifs peut varier de plus de 30 % et quand, de surcroît, elle est limitée à 50 %, les fonds sont considérés comme patrimoniaux.

Pour Benoît Jauvert, président de la Financière de l'Oxer, la plupart des fonds dit patrimoniaux sont en fait des fonds équilibrés. « Il faudrait créer un statut du fonds patrimonial car les souscripteurs s'imaginent que c'est une alternative aux fonds en euros alors qu'en réalité ils recèlent un risque en capital. »

Quels sont les fonds qui s'en sortent le mieux ?

Le mois d'octobre a été particulièrement meurtrier, mais si on observe les performances réalisées depuis le début de l'année, les fonds ne se hissent même pas au niveau de leurs indices de référence. Côté fonds patrimoniaux, seul Monocle Fund se place au-dessus du lot. « Il s'agit d'un fonds avec un petit encours, 70 millions d'euros seulement. Et il est plus facile de se montrer agile avec de faibles montants qu'avec plusieurs milliards d'encours, commente Jean-Paul Raymond. Le fonds a réalisé un très beau premier semestre, mais se montre aujourd'hui moins performant. » L'observation des performances annualisées sur 5 ans est moins cruelle. Des fonds comme Keren Patrimoine, Sycomore Allocation Patrimoine ou encore Parvest Diversified Dynamic présentent des progressions annuelles de plus de 3 %, voire plus de 4 % pour Keren.meilleurs fionds lesEchos Optigestion a35fd

Côté fonds flexibles, c'est le fonds allemand Acatis Gané Value Event qui s'en sort le mieux depuis le début de l'année. Ce fonds a une stratégie basée sur la recherche d'entreprises vivant des événements ou des périodes particulières comme des fusions ou des acquisitions. Ce qui le rend relativement insensible à l'évolution générale des marchés et lui permet de bien s'en tirer dans la conjoncture erratique que nous connaissons. A 5 ans, c'est H2O Multistratégies qui sort du lot avec une performance annualisée de 17 %. Mais, comme le souligne Jean-Paul Raymond, il s'agit d'un fonds très atypique ayant une volatilité exceptionnellement élevée. « C'est aussi un fonds qui peut perdre 20 % en une semaine. Il ne faut pas en avoir plus de 5 % à 10 % dans un portefeuille », conseille-t-il.

En fait, les fonds flexibles qui résistent le mieux sur 5 ans sont soit ceux qui sont très fortement corrélés aux marchés actions comme R Valor C (+8,3 %, performance annualisée sur 5 ans) ou BGF Global allocation (+5,8 %), soit des fonds très prudents comme Tikehau Income Cross Assets (+4,88 %) ou Sextant Grand Large (+7,37 %), constate Jean-Paul Raymond.

Faut-il préférer les ETF ?

Vu les difficultés de la gestion active, faut-il se replier sur la gestion passive ? Les ETF ou fonds indiciels cotés ont en outre l'avantage de se montrer nettement moins gourmands en frais. Et, selon les chiffres de Quantalys, sur 10 ans, seuls deux fonds flexibles ont réalisé une meilleure performance que l'indice MSCI World (+12,19 %), alors que 20 fonds ont fait mieux que l'Euro STOXX 50 (+5,73 %). L'option ETF n'est donc pas à exclure, mais il ne faut pas en faire une règle. Dans certaines catégories, les fonds ont beaucoup de mal à battre les indices. « Par exemple, 90 % des fonds actions américaines sont en deçà des performances de l'indice, porté par la très grosse progression des grandes valeurs de la cote et particulièrement les Gafa. Inversement, 80 % des fonds small caps France battent leur indice de référence sur 5 ans », souligne Jean-Paul Raymond.

Comment expliquer les contreperformances de certains fonds « stars » ?

Nombre de fonds patrimoniaux parmi les plus réputés n'ont pas brillé par leurs performances. Parmi eux, l'emblématique Carmignac Patrimoine affiche un recul de plus de 10 % depuis le début de l'année. Des contre-performances qui ont amené la société à réviser son mode de fonctionnement. « C'est un raté, avoue Didier Saint-Georges, membre du comité d'investissement de Carmignac Gestion. Nous avions bien analysé les raisons des perturbations depuis le début de l'année, mais le délai entre l'analyse et la mise en oeuvre de nos préconisations a été trop long. Nous avons donc mis en place un process pour améliorer notre réactivité. Nous disposons de toute la flexibilité nécessaire pour réagir et couvrir nos positions sur les actions, les taux ou les devises. »

Le fonds peut-il mettre fin à cette mauvaise passe ? « Nous plaidons coupable pour nos résultats 2018. Mais nous avons aujourd'hui mis en place un dispositif nous permettant de générer de la performance même dans un marché baissier. En outre, nous disposons de 25 % de liquidités dans notre portefeuille, ce qui nous permettra de nous repositionner rapidement en 2019 lorsque le marché aura atteint un point bas. » Des liquidités qui permettent aussi de faire face à l'important mouvement de décollecte subi par le fonds, passé, selon la société, d'un actif de 26 milliards d'euros en 2010 à un peu plus de 20 milliards en novembre 2018.

Sur le long terme, les résultats de Carmignac Patrimoine restent dans le vert, mais ne font pas d'étincelles : +0,51 % annualisé sur 5 ans et +3,43 % toujours en annualisé sur 10 ans (source Morningstar au 21 novembre 2018). Selon Didier Saint-Georges, ces maigres résultats sont dus « à un très long bull market de 2009 à fin 2017 aussi bien côté actions que sur le front obligataire ». Dès lors, toutes les stratégies de couverture se sont montrées contre-productives.

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