le Maire - Altmaier

Europe

Après l’échec Alstom-Siemens, face à la Chine et aux États-Unis, Le Maire et Altmaier plaident pour l’union.

Le Figaro - 20 février 2019 - Par Nicolas Barotte

En signant un « manifeste », Bruno Le Maire et Peter Altmaier espèrent frapper les esprits. Les deux ministres de l’Économie, français et allemand, ont présenté mardi à Berlin leurs ambitions en matière de politique industrielle européenne. Ils réclament un changement de paradigme et de stratégie. « Si l’Europe veut rester une puissance industrielle en 2030, écrivent-ils, le choix est simple : unir nos forces ou laisser notre base et notre capacité industrielles disparaître progressivement. » Les deux pays veulent « investir dans l’innovation », « revoir les cadres réglementaires européens » et mieux « protéger leurs technologies ».

 

Pour le dire plus clairement, il est question d’agir et non plus de subir la concurrence de la Chine et des États-Unis. « L’Asie avance, la Chine progresse, les routes de la soie sont en train de tout emporter sur leur passage et, de l’autre côté, l’Europe est immobile », a lancé le ministre français, qui s’inquiète aussi en coulisses des risques catastrophiques d’une guerre commerciale avec Washington.

Électrochoc

Si l’idée d’une stratégie industrielle est familière à la pensée française, c’est une petite révolution en Allemagne où l’État, normalement, ne se mêle pas de politique. Mais l’échec de la fusion de Siemens et d’Alstom pour former un champion du rail a servi d’électrochoc. La France et l’Allemagne veulent reprendre la main pour imposer leur vision franco-allemande. Bilingues, Bruno Le Maire et Peter Altmaier ont d’ailleurs alterné chacun le français et l’allemand pour présenter leurs projets.

Les deux ministres veulent notamment modifier « et non pas adapter », insiste le Français, les règles de concurrence, celles qui ont empêché la fusion Siemens-Alstom. La France et Berlin proposent de mettre en place un « droit d’évocation », comme cela existe en France, au niveau européen. Pour certaines décisions économiques, le conseil des ministres européens - les États - pourrait avoir le dernier mot et non pas la Commission. Pour sceller leur volonté politique, la France et l’Allemagne ont aussi choisi l’une des technologies d’avenir: les batteries électriques. Le choix n’est pas innocent, puisque l’industrie automobile est au cœur de la puissance industrielle allemande. Elle est aussi la plus menacée par les bouleversements industriels à venir. Berlin veut la sauver. Or, pour l’instant, l’Asie et principalement la Chine ont pris un avantage décisif dans la conception des batteries.

La France et l’Allemagne ont donc confirmé les grandes lignes d’un projet de coopération, englobant « toute la chaîne de production », de l’extraction des métaux rares à la fabrication de véhicules. Pour le financer, l’Allemagne a posé un milliard d’euros sur la table et la France 700 millions. Le nom des entreprises sollicitées n’est pas encore public. Mais Paris et Berlin ont besoin d’une réponse de la Commission européenne avant le mois d’avril. Il restera ensuite à s’attaquer à l’intelligence artificielle ou au stockage des données, deux autres secteurs clés du XXIe siècle pour rester dans la course. N. B. (à Berlin)

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