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Après avoir choisi l’épreuve de force sur le dossier commercial, le président américain met aujourd’hui de l’eau dans son vin.

L'Opinion - 14 mai 2018 - Par Claude Leblanc

Les Faits - A moins d’un mois de la rencontre au sommet entre Kim Jong-un et Donald Trump prévue à Singapour, le 12 juin, le président américain veut aussi sans doute montrer à Xi Jinping qu’il lui est reconnaissant d’avoir joué un rôle non négligeable dans le revirement nord-coréen.

Depuis que Donald Trump a décidé de passer à l’acte dans le bras de fer commercial qui l’oppose à la Chine, le président américain n’a pas cessé d’exprimer son désir de « se retrouver avec » son homologue chinois pour trouver une porte de sortie aux tensions croissantes entre les deux pays. Dans un nouveau tweet publié dimanche, il a souligné son intention de « travailler avec » Xi Jinping pour « permettre à la grande entreprise chinoise ZTE de faire son retour dans les affaires rapidement ». Moins d’un mois après avoir décidé d’interdire aux sociétés américaines de vendre des composants aux fabricants chinois, ce message a de quoi surprendre et suscite des réserves dans le milieu des affaires aux Etats-Unis. En effet, certains imaginent déjà que la Maison Blanche pourrait rapidement conclure un accord avec la Chine sans que celui-ci règle en profondeur les problèmes existants sur le plan commercial entre les deux pays.

"President Xi of China, and I, are working together to give massive Chinese phone company, ZTE, a way to get back into business, fast. Too many jobs in China lost. Commerce Department has been instructed to get it done !"
— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) 13 mai 2018

L’annonce d’un déplacement, la semaine prochaine, à Washington de Liu He, vice-Premier ministre chinois et conseiller économique de Xi Jinping, semble en effet indiquer que le processus s’accélère et que les Chinois et les Américains pourraient s’entendre rapidement sur une réduction des excédents commerciaux chinois à l’égard des Etats-Unis. Si cette perspective satisfera l’objectif affiché par Donald Trump de remédier aux déséquilibres commerciaux qui existent entre son pays et de nombreux partenaires, plusieurs voix estiment que les questions plus fondamentales comme la protection de la propriété intellectuelle et l’accès au marché chinois risquent d’être renvoyées aux calendes grecques.

D’autant que, depuis plusieurs années, les responsables américains accusent des entreprises comme ZTE ou encore Huawei de menacer la sécurité des Etats-Unis. L’ouverture, en août dernier, d’une enquête au titre de l’article 301 du Trade Act de 1974 en était l’illustration puisqu’il s’agissait de faire la lumière sur les transferts de propriété intellectuelle imposés par les autorités chinoises aux entreprises américaines.

Aussi peut-on s’étonner du changement de ton de Donald Trump qui manifeste dans son tweet de dimanche son regret devant « le trop grand nombre de jobs perdus en Chine » après la décision de ZTE de suspendre ses activités. En demandant au secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, de trouver des solutions pour que la situation de l’entreprise chinoise s’améliore, le président américain ne manque pas de créer la confusion aux Etats-Unis où certains n’ont pas manqué de critiquer ce changement de ton. « Vous devriez vous inquiéter davantage de la sécurité nationale que des emplois en Chine », a tweeté le représentant démocrate Adam Schiff tandis que le sénateur démocrate Chuck Schumer lui lançait aussi sur Twitter : « Ne serait-il pas mieux de vous préoccuper d’abord des entreprises américaines ? » Ces réactions traduisent en tout cas à quel point le sujet des relations économiques avec la Chine est devenu sensible aux Etats-Unis.

"How about helping some American companies first ? https://t.co/S1t2cQ4dwJ"
— Chuck Schumer (@SenSchumer) 13 mai 2018

En mettant de l’eau dans son vin, le président américain semble aussi aller à l’encontre de l’art de la négociation tel qu’il le décrivait dans son livre Trump par Trump. « Je vise toujours très haut et je continue à faire pression sans cesse jusqu’à obtenir ce que je souhaite. Grossier ? Oui. Efficace ? Oui », affirmait-il. En réduisant la pression face à ZTE, il semble vouloir brouiller les pistes et se donner la possibilité de conclure directement avec Xi Jinping dont « il sera toujours l’ami » comme il le précisait dans un tweet le 8 avril.

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