Mario Draghi BCE

Europe

Mario Draghi reconnaît que les incertitudes à moyen-terme ont augmenté. L'objectif de la BCE reste néanmoins de stopper les achats d'actifs en décembre.

Les Echos.fr - 16 novembre 2018 - Par Isabelle Couet

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), qui doit quitter ses fonctions l'an prochain, a fait son dernier discours à la Conférence bancaire européenne à Francfort. Le message de Mario Draghi sur l'économie se veut rassurant, mais la tonalité reste prudente.

Hausse des incertitudes

« Le Conseil des gouverneurs a relevé que les incertitudes entourant les perspectives économiques de moyen-terme avaient augmenté. Quand nos dernières prévisions seront disponibles en décembre, nous serons mieux à même de mesurer les risques qui pèsent sur la croissance et l'inflation », a-t-il souligné.

L'homme fort de la BCE a rappelé qu'à l'heure actuelle, « compte tenu du stimulus monétaire encore significatif (...), le Conseil estime que la remontée des prix vers l'objectif d'inflation ne sera pas remise en cause par une diminution progressive des achats nets de titres ». « Si les données à venir confirment bien ceci, nous comptons mettre fin aux achats d'actifs nets en décembre ». Mario Draghi a cependant précisé que l'accélération de l'inflation sous-jacente n'était pas encore totalement « convaincante » .

L'Italie en ligne de mire

Dans son panorama des risques, le romain épingle l'Italie sans la nommer. « L'absence de consolidation budgétaire dans des pays très endettés accroît leur vulnérabilité aux chocs, que ceux-ci soient produits par les pays en question lorsqu'ils s'opposent aux règles fondamentales de l'UE, ou que ceux-ci soient importés par contagion financière. Jusqu'ici la hausse des primes de risque (spread) est essentiellement liée au premier type de chocs. La contagion entre pays s'est révélée assez limitée. »

Autre sujet « regardé de très près » : le ralentissement du commerce mondial, sur fond de guerre douanière déclenchée par Donald Trump. C'est l'une des causes du trou d'air de la zone euro au troisième trimestre, analyse Mario Draghi. Il reconnaît que cet effet n'est pas forcément temporaire, même si, la BCE tend à considérer que, en matière de croissance, les facteurs positifs et négatifs s'équilibrent.

Biais accommodant

« La voie vers un biais monétaire plus accommodant commence à s'ouvrir. La 'forward guidance' [communication sur la politique à venir] devient légèrement plus accommodante », résume Carsten Brzeski, chez ING.

Alors que le « QE » (achats d'actifs) touche à sa fin, plusieurs voix tentent de rassurer. La BCE continuera de réinvestir les montants remboursés sur les obligations qui arrivent à maturité. Pour Peter Praet, l'économiste de la BCE, «passer d'un programme d'achats d'actifs à une communication renforcée en matière de taux directeurs est bien une manière de maintenir un fort stimulus (...) ».

Vendredi, le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, a lui choisi un angle différent et déclaré qu'il «ne voit pas de raison de ne pas revenir à la politique monétaire qui prévalait avant la crise ». Une opinion qui tranche avec celle d'autres membres de la BCE.

Le bitcoin : « émanation maléfique de la crise »

C'est au moment de la chute de Lehman que le nom de domain « Bitcoin.org » a été déposé. Pour Benoît Coeuré, membre de la BCE en charge des paiements, le «bitcoin est l'émanation maléfique de la crise financière ». Il s'agit d'une « idée extrêmement brillante ». « Malheureusement toutes les idées brillantes ne sont pas de bonnes idées », ajoute-t-il, tout en partageant l'opinion du patron de la BRI, qui a décrit le bitcoin comme la «combinaison d'une bulle, d'un schéma de Ponzi et d'un désastre environnemental ». Lors d'une conférence à Bâle jeudi, Benoît Coeuré a aussi rappelé que, du point de vue des banques centrales, il s'agit d'un « actif » et certainement pas d'une monnaie. Le représentant de la BCE a souligné qu'une majorité de banques centrales avaient lancé des travaux concernant la possibilité d'avoir leur propre devise digitale. Soit pour une application interbancaire, soit pour une utilisation plus vaste. Mais aucune monnaie de ce type ne devrait voir le jour avant au moins dix ans, a-t-il insisté.

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