Jacques DE PANIS PASISDistancée…

Par Jacques de Panisse Passis

Président du Directoire, Gérant et Associé

L’Europe ne va pas bien.

Sur le plan économique, elle subit le ralentissement des échanges mondiaux et l’écrasement des gains de pouvoir d’achat des ménages. Au cours de l’année 2019, la croissance du PIB en Europe se profile à 1,5%, significativement en-dessous du 1,9% prévu pour l’année 2018. La dégradation des exportations touche tous les secteurs, à l'exception de la pharmacie.

En Allemagne, le PIB réel ne progresse plus que de 1,2% sur l'année, contre 2,7% un an plus tôt. Malgré un taux chômage très bas, les dépenses réelles des consommateurs ont soudainement ralenti au bénéfice d'un taux d'épargne qui se redresse fortement.

Sur le plan politique, les gouvernements ne parviennent plus à prévoir et à corriger les déséquilibres qui résultent d’une économie mondiale, globale et déflationniste. Les catégories moyennes n’adhèrent plus à une croissance dont elles se sentent exclues. Les populismes se développent proposant à la fois plus de protectionnisme et moins de fiscalité ce qui entraînera une inflation et une dette plus élevées. Un climat délétère s’installe. L’unité européenne est soumise à rude épreuve.

Le compromis trouvé entre Theresa May et l’Europe sera-t-il accepté par le parlement britannique ? Rien n’est moins sûr.

L’alliance des extrêmes en Italie, instable par essence, n’a pas hésité à provoquer Bruxelles. Pourtant, suite au quasi-échec de l’adjudication de bons du Trésor, le gouvernement Conte pourrait prendre conscience de la différence de comportement entre un électeur et un épargnant. L’Italie dispose d’une très faible marge de manœuvre en présence d’une dette de l’Etat qui atteint 130% du PIB, même si cette dernière est détenue à 60% par les italiens. La BCE a pu constater avec satisfaction que les tensions sur les taux italiens n’avaient pas contaminé significativement les pays périphériques. L’Italie ne pourra abuser de la solidarité européenne pour financer ses excès.

Donald Trump a décidé d’engager un bras de fer avec la Chine pour faire cesser les transferts « forcés » de technologie, pour exiger le respect des droits de la propriété intellectuelle et l’accès libre au marché chinois. En menaçant de remonter à 25% les droits de douane sur les produits chinois exportés aux Etats-Unis, le président américain a su trouver le levier efficace. En effet, la Chine, bien qu’en phase de recentrage sur son économie intérieure, est encore suffisamment tournée vers l’extérieur pour ralentir en cas de protectionnisme marqué américain. Les marchés financiers chinois ont accusé le coup en perdant 30% en neuf mois au lendemain des premières initiatives américaines. Sans des mesures gouvernementales soutenues pour contrebalancer ce handicap à l’export, la croissance chinoise aurait baissé à 5,5% au lieu d’afficher les modestes 6,5% observés.

La trêve du G20 est bienvenue mais elle ne résout rien et laisse les marchés dans l’expectative pour trois mois.

C’est bien l’imprévisibilité et le ralentissement d’activité qui caractérisent la situation actuelle. Même la FED a admis qu’il était plus sage de renoncer à prévoir, quitte à réagir avec retard à une dynamique déjà installée. Les marchés des actions savent s’adapter à pareilles circonstances. Ils valorisent les actions plus faiblement quand le risque est élevé et plus généreusement quand ils estiment le risque faible. La réaction d’octobre n’était qu’un ajustement des valorisations à la perception d’un risque plus élevé.

En 1980, le revenu moyen d’un américain était équivalent à celui d’un européen. Aujourd’hui, le revenu moyen d’un américain est supérieur de 70% à celui d’un européen. Sur la même période, le revenu moyen chinois a progressé de façon vertigineuse.

L’Europe, du fait notamment de son incapacité à fournir un cadre approprié pour l’accompagnement capitalistique de ses créations technologiques, n’a pas su faire émerger de grandes sociétés, du type des GAFA, susceptibles de s’imposer à l’échelle mondiale. L’enrichissement qui en aurait résulté n’est jamais survenu.

Distancée, l’Europe est condamnée à subir les règles de l’hyperpuissance américaine et les conséquences de la concurrence acharnée que se livrent désormais les deux titans de la planète pour la suprématie mondiale.

Partagez cet article