Jacques DE PANIS PASISUne secousse…derrière nous ?

Par Jacques de Panisse Passis

Président du Directoire, Gérant et Associé

Les principaux indices boursiers mondiaux ont perdu 8% à 12% en octobre. A chaque correction, quatre questions resurgissent. Les marchés se redresseront-ils pour rejoindre leurs précédents plus hauts ? La baisse va-t-elle continuer et jusqu’où ? Pour quelles raisons les marchés chutent-ils ainsi ? Pourquoi ne pas avoir pris ses bénéfices avant ?

Entre 2010 et septembre 2018, l’indice large des 600 premières capitalisations européennes, le STOXX Europe 600 dividendes réinvestis, a enregistré 11 baisses de plus de 10%. A chaque fois, l’indice a retrouvé ses précédents sommets. Tout observateur qui prend du recul constate que les grands indices européens ou américains étaient à des plus hauts historiques il y a encore quelques semaines. Ainsi, tôt ou tard, la croissance de l’économie mondiale restitue un nouvel élan haussier aux indices et absorbe les plus grandes corrections.

On peut cependant distinguer les respirations de marchés, d’une durée de quelques semaines ou quelques mois, des retournements de tendances qui se prolongent sur plusieurs trimestres et entraînent des baisses de beaucoup plus forte ampleur. Les retournements initiés fin 2000 et fin 2007 sont les deux derniers exemples qui peuvent être observés.

Dans les deux cas, la variation a atteint 50%. Apprécier avec justesse la nature de la correction qui se met en place permet de réduire l’impact de la baisse par des arbitrages appropriés, en faveur d’actions défensives ou de placements de taux à court terme, notamment.

Pour tenter d’identifier la naissance d’un marché baissier, les professionnels disposent de quelques outils. L’observation sur plusieurs décennies des cycles boursiers haussiers permet de mettre en évidence la durée moyenne des phases de hausse. Il est certain que la progression enregistrée depuis bientôt 10 ans peut être considérée comme particulièrement longue et nombre d’observateurs considèrent que ce constat suffit à anticiper prochainement un essoufflement prolongé des marchés. Cependant à y regarder de plus près, on observe que la hausse la plus longue, marquée par quelques secousses, a néanmoins duré 18 ans, de 1982 à 2000. Alors faut-il vraiment réduire l’exposition aux actions si nous ne sommes qu’à mi-chemin ?

Ce constat conduit à rechercher des dynamiques fondamentales susceptibles de porter les marchés sur longue période. Entre 1982 et 2000, c’est la baisse continue des taux d’intérêt qui a fondé la dynamique haussière. Actuellement, il se pourrait que ce soit le développement exponentiel des connaissances et capacités scientifiques, notamment en matière de biologie moléculaire et de big data, qui permette une prolongation du cycle. La puissance impressionnante des GAFA conforte en partie une telle hypothèse.

A l’opposé, nombre d’observateurs font valoir le risque d’une remontée des taux d’intérêt à l’origine d’une moindre liquidité mondiale, un endettement historiquement élevé aux coûts futurs dévastateurs, une dynamique de croissance freinée par l’essoufflement de l’économie chinoise et la guerre commerciale initiée par le président Trump. Ces motifs d’inquiétude sont réels, sont-ils pour autant immédiatement menaçants ? A notre avis, ils méritent d’être relativisés.

Les marchés ont pris conscience, simultanément, de la fin de l’effet fiscal Trump à l’origine de la progression impressionnante des résultats des sociétés américaines en 2018, d’un ralentissement de la croissance mondiale et d’une potentielle hausse non contrôlée des taux longs américains.

Cependant, la croissance se maintient, toujours forte aux Etats-Unis et encore significative en Europe. La Chine dispose de nombreuses ressources, souvent méconnues ou sous estimées, pour affronter une période de tassement conjoncturel. Enfin les taux longs américains sont encore à des niveaux que la croissance attendue du PIB à 3% peut supporter, tandis que la FED a clairement perçu les enjeux d’une communication trop rigide.

Nous ne regrettons pas d’avoir pris une part de nos bénéfices cet été. Nous pensons que la situation économique d’ensemble n’est pas encore mûre pour un retournement durable de tendance qui marquerait le début d’un marché baissier.

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