Jacques DE PANIS PASISUn long fleuve tranquille ?…

Par Jacques de Panisse Passis

Président du Directoire, Gérant et Associé

2018 démarra sous les auspices d’une croissance mondiale soutenue pour se terminer dans la crainte d’un ralentissement généralisé. Ni les actions, ni les obligations ne furent épargnées, aucune zone géographique ne fut à l’abri.

Un repli d’une telle ampleur est rare et ne peut résulter que d’une vaste dynamique susceptible d’affecter toute la planète. C’est la contraction de la liquidité mondiale, liée à la mise en œuvre d’une politique de normalisation progressive de la FED, initiée dès décembre 2015 et renforcée en juin 2017, qui est à l’origine de ce mouvement. En revanche, une conjonction d’autres événements explique la débâcle qui a emporté les marchés au cours du quatrième trimestre.

Signalons en priorité la détermination de Donald Trump dans la mise en œuvre de sa politique protectionniste. Ses mesures, effectives ou anticipées, sonnent la fin d’une mondialisation qui nourrissait une part significative de l’expansion économique. La Chine est la première à subir, dès février, une chute de ses marchés financiers proche de 30% en onze mois, prélude à une révision régulière de sa croissance. Le relais est presqu’instantanément pris par les marchés émergents qui baissent de 20% en onze mois.

Pendant ce temps, l’Occident, emmené par la hausse du pétrole (+36% entre mi-février et fin septembre) et les effets sucrés de la réforme fiscale américaine (baisse du taux d’imposition des sociétés de 35% à 21%, à l’origine d’une forte progression des résultats des entreprises), accueille avec calme la remontée des taux d’intérêt. Une mesure perçue comme nécessaire et supportable, du fait de la hausse anticipée de l’inflation et d’une croissance confirmée.

Cette lecture, fondée dans le contexte du moment, occasionne au cours du 1er semestre le repositionnement de nombreux fonds obligataires et divers arbitrages au sein des fonds actions. Le taux à 10 ans américain dépasse 3,20% à fin septembre alors que le baril de Brent franchit 85 dollars. La FED confirme sa volonté de poursuivre son programme de hausse des taux directeurs sur 2019. Elle est relayée par la BCE qui annonce la fin du QE (Quantitative Easing) fin 2018 et un resserrement progressif de sa politique monétaire sur 2019.

En mars, Vladimir Poutine est réélu tandis que Xi Jinping obtient une révision de la constitution qui lui garantit le pouvoir à vie. En avril, le parti de Viktor Orban obtient une majorité des deux tiers au parlement hongrois.En mai, Donald Trump confirme la sortie américaine de l’accord sur le nucléaire iranien. En juin, Recep Tayyip Erdogan remporte les présidentielles en Turquie tandis que le Mouvement 5 étoiles et la Ligue forment une alliance gouvernementale inédite. L’été arrive, le « Brexit dur » pourrait devenir probable tandis que l’Allemagne, pilier de l’Europe, voit son industrie automobile menacée par les tensions commerciales de l’administration Trump.

Trop d’incertitudes s’accumulent.

Dès septembre, les relations sino-américaines qui incarnent désormais la survie du libre-échange se tendent à nouveau, les signes d’un essoufflement de la croissance mondiale se confirment, le pétrole repart à la baisse (de 85 dollars le baril à 50 dollars fin décembre). Pris à contre-pieds par ce ralentissement imprévu, inquiets d’un raidissement des banques centrales qui irait à contre-courant du retournement en cours, paralysés par le manque de visibilité, les marchés prennent peur. Au cours du dernier trimestre, les taux baissent (le 10 ans américain passe de 3,25% à 2,73% ; le 2 ans de 2,95% à 2,52%), tandis que les actions dévissent.

Pour l’instant, les statistiques macro-économiques et la sphère financière ont opté pour la direction, clairement baissière. Les résultats des sociétés du quatrième trimestre 2018 qui seront publiés prochainement et les perspectives envisagées par leurs dirigeants vont fixer le curseur.

Dans un climat où presque tout demeure imprévisible, des hypothèses telles que les révélations du procureur spécial Mueller, les réactions incontrôlées d’un Donald Trump à l’hallali, l’annonce d’un accord commercial sino-américain ou le dénouement d’un Brexit impossible … pourraient déclencher des records de volatilité.

Si 2018 fut la pire année de la décennie, 2019 ne sera pas un long fleuve tranquille.

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