JDPP 02 07 18 2 Recadre 4bb8bLa fête pourrait s’essouffler...

Par Jacques de Panisse Passis

Président du Directoire, Gérant et Associé

Les Etats-Unis impriment leur cadence et imposent leur loi. Si le président Trump peut paraître brutal, égocentrique et souvent primaire, l’économie américaine n’en demeure pas moins la plus florissante de la planète. Et les décisions de Donald Trump sont, pour l’essentiel, à l’origine du bilan actuel.

En novembre 2016, les Etats-Unis paraissaient avoir atteint le sommet de la courbe tandis que l’Europe semblait bien placée pour prendre le relais et la Chine prête à se recentrer sur son marché intérieur.
Deux ans plus tard, le panorama révèle des pays émergents dans une situation souvent difficile, une Chine qui marque le pas, une Europe qui ne parvient pas à relancer sa croissance.

En revanche, les Etats-Unis affichent un PIB réel en hausse de 3%, des marges d’entreprises au plus haut, un chômage au plus bas, une confiance des consommateurs au plus haut … et des marchés financiers qui ne cessent de progresser, alors que le reste du monde enregistre des performances au mieux stables, le plus souvent en baisse.

En imposant sa réforme fiscale associée à une relance des dépenses publiques, Donald Trump a transmis une impulsion nouvelle. Stimulé par des mesures qui permettaient aux entreprises à la fois d’augmenter significativement leurs bénéfices et de rapatrier des capitaux qui venaient alimenter des programmes de rachat d’actions, le cycle économique s’est trouvé prolongé et Wall Street a connu un climat d’euphorie.

La fête pourrait cependant s’essouffler prochainement.

Les profits de 2018 auront progressé de 20%. Mais les effets de la réforme fiscale de Donald Trump ne peuvent se prolonger durablement. Pour l’année 2019, les anticipations sont de 10%. Pour l’année 2020, la tendance devrait être plus proche de 6%. Cette décélération prévisible conduira, le moment venu, à une remise à niveau des valorisations actuelles gonflées par la récente expansion exceptionnelle des profits.

Les taux à 2 ans, supérieurs à l’inflation, comme les taux longs aiguillonnés par le retour de tensions salariales, vont continuer de progresser, offrant des alternatives qui devraient tempérer les ardeurs des marchés et dissuader les investisseurs.
Enfin, l’accélération du déficit budgétaire à 4,4% du PIB pourrait raviver les craintes liées au poids d’une dette considérable et, à terme, affaiblir le dollar.

En Europe, le ralentissement manifeste de la croissance oblige la BCE à maintenir les taux à des niveaux particulièrement bas. Cette situation favorise la hausse de l’immobilier mais ne parvient pas à redynamiser l’économie. La montée du populisme, la division grandissante entre les pays membres, l’absence de compromis qui permettrait une issue au Brexit, le défi italien, sont autant de risques qui encouragent le retrait des investisseurs étrangers.

Depuis le début de 2018, l’indice EuroStoxx 50 des actions européennes, dividendes réinvestis, est légèrement négatif.
Depuis deux ans, les résultats des entreprises se sont améliorés mais depuis six mois les publications s’accompagnent de perspectives souvent prudentes, du fait d’une visibilité très médiocre. Le principal soutien des marchés est le niveau très bas des taux d’intérêt qui offre un potentiel de valorisation. Cependant, sans progression durable des profits, les marchés ne peuvent s’apprécier.

Et c’est là que les masques tombent : le bénéfice par action pondéré de l’indice des 600 plus grandes valeurs européennes (Stoxx Europe) est, à ce jour, encore 24% inférieur à ce qu’il était en juin 2007.

Aux Etats-Unis, le même bénéfice par action pondéré de l’indice S&P 500 (composé de 500 grandes sociétés américaines et qui représente près de 80% de la capitalisation boursière disponible), est 54% supérieur à ce qu’il était en juin 2007.
Wall Street impose la tendance et la cadence. Les bourses européennes, structurellement handicapées par un secteur bancaire pléthorique et une présence trop rare dans les nouvelles technologies, ne parviennent pas à décoller alors que les Etats-Unis entament, tout en puissance, la dernière phase d’un cycle de croissance particulièrement long.

Optigestion sur les réseaux sociaux

Suivez nous aussi sur linkedin 3db83  youtube icone 8916 96