JDPP bureau inversePlusieurs difficultés se dessinent...

Par Jacques de Panisse Passis

Président du Directoire, Gérant et Associé

L'été a été calme. Si aucun accident n'est venu perturber l'allure plutôt bonhomme des principaux marchés financiers, si les crises argentine, vénézuélienne ou turque ont été circonscrites, divers signes permettent cependant de mieux cerner le scénario qui semble se mettre en place.

Avec une croissance de 4,1% au 2ème trimestre, en annualisé, l'économie américaine affiche une vigueur impressionnante que reflètent les performances de Wall Street. Depuis début 2018, le S&P 500 progresse de 8,5% et le Nasdaq de 17,5%, tandis que le dollar se renforce contre toutes les devises. Le chômage demeure au plus bas et les taux longs ne montent pas. Pour l'instant, les Etats-Unis semblent dans une santé florissante et le président Trump devrait gagner les élections de mi-mandat, si l’enquête du procureur spécial, Robert Mueller, ne révèle pas de nouvelles collusions qui le compromettraient ouvertement.

 

Pourtant, plusieurs difficultés se dessinent. La politique de normalisation de la FED, débutée par le gel du quantitative easing en octobre 2014, puis suivie par la hausse des taux directeurs initiée en décembre 2015 et finalement complétée par la décision de réduire progressivement le bilan de la banque centrale en juin 2017, entraîne une dégradation de la liquidité mondiale. Celle-ci a pénalisé les pays émergents au 1er semestre et commence à affecter l'Europe depuis cet été.

En interne, le rapide aplatissement de la courbe des taux demeure préoccupant. Depuis le début de l'année, l'écart entre les taux à 10 ans et les taux à 2 ans est passé de 50 à 20 points de base. Or la FED a précisé qu’elle allait poursuivre la remontée des taux d'intérêt.

L’alternative qui en résulte n’est guère encourageante :

- Soit les taux à 10 ans se maintiennent en dessous de 3% et nous allons assister à une inversion de la courbe des taux, rappelons que les cinq dernières récessions américaines ont été précédées de cette situation de mauvaise-augure.

- Soit les taux longs vont brutalement s'ajuster.

Dans les deux cas les marchés financiers réagiront négativement. Seule, une montée graduelle des taux longs pourrait sauvegarder l’optimisme actuel. Cependant, la probabilité d’un tel comportement est faible dès lors que les acteurs de marché savent que la phase actuelle de hausse des indices a déjà atteint une durée exceptionnellement longue.

En Chine, l’escalade des tensions commerciales avec les Etats-Unis a fortement entamé l’enthousiasme des marchés. Depuis les plus hauts de fin janvier, l’indice CSI 300 de Shanghai et Shenzhen a chuté de 24%, l’indice Hang Seng de Hong Kong de 16%, tandis que la devise chinoise perd plus de 8% contre dollar.

En Europe, la robuste croissance de 2017 n’est plus qu’un souvenir et le ralentissement semble vouloir s’installer. L’inflation sous-jacente, toujours très inférieure aux objectifs de la BCE, renforce la crainte d’une telle perspective. A cette détérioration inattendue s’ajoute un contexte politique instable dont l’issue demeure imprévisible en Italie, l’impossibilité de trouver un accord pour régler le Brexit et une division européenne inquiétante à la veille des élections de mai 2019, du fait d’oppositions irréconciliables sur des dossiers majeurs.

Malgré les bons résultats des entreprises, des taux longs qui ne remontent pas (hormis en Italie), une volatilité très faible, un dollar qui s’apprécie, les marchés européens, curieusement, font preuve d’un attentisme prudent. Depuis le début de l’année, l’Eurostoxx 50 net return, l’indice des 50 premières capitalisations européennes, baisse de 1% tandis que le Stoxx 600 net return, qui regroupent les 600 plus grosses entreprises, ne progresse que de 0,60%.

La conjoncture actuelle n’est pas alarmante et de nombreuses statistiques plaident en faveur d’une dynamique positive. Cependant, il existe un nombre croissant de catalyseurs potentiels qui pourraient se dégrader soudainement et entraîner une réaction en chaîne des marchés. Le temps semble venu de sélectionner des titres susceptibles de résister à une possible reprise brutale de la volatilité.

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