Jacques DE PANIS PASISEntre deux mondes...

Par Jacques de Panisse Passis

Président du Directoire, Gérant et Associé

Le refus de Donald Trump de signer le communiqué final du G7 le 9 juin n'est pas anecdotique, il marque le retour vers un monde bipolaire, où les Etats-Unis et la Chine se retrouvent face à face.

L’Europe est isolée.

Elle a perdu la position stratégique qu'elle occupait durant la guerre froide et ne justifie plus l'aide coûteuse de son ancien protecteur. Elle n’est plus qu’un marché de 520 millions d’habitants, riche et vieillissant. En 2050, l’Europe aura la même population qu'aujourd'hui, en revanche un tiers sera âgé de plus de 60 ans.

De l’autre côté de la Méditerranée, le continent africain verra sa population doubler en 35 ans, pour atteindre 2,5 milliards d’habitants dont la moitié aura moins de moins 25 ans.

Le taux de chômage des moins de 25 ans en Europe évolue entre 15% et 20%, suivant les années.

Dans une Afrique au taux de scolarité plus faible, à la maturité et l'autonomie d'un jeune adulte plus précoces, à la proportion d'étudiants très inférieure à celle de l'Europe, la part de jeunes en recherche d'un emploi sera significativement plus élevée. En 2050, on peut estimer à près de 400 millions, le nombre de jeunes africains âgés de 15 à 25 ans.

En extrapolant à partir des chiffres observables aujourd'hui en Europe et en Afrique, on peut anticiper 80 à 150 millions de jeunes africains au chômage en 2050, uniquement chez les moins de 25 ans. Population désœuvrée tentant de survivre par tous les moyens dans des ensembles urbains tentaculaires et insalubres.

Pour fuir violence et pauvreté, pour survivre à n'importe quel prix, bon nombre tentera de rejoindre l'Europe. Combien ? C'est difficile d'avancer des chiffres mais il est clair qu'il faut envisager un multiple de millions. Et aujourd'hui nous assistons à des discussions au sommet de l'exécutif européen pour la répartition et l'accueil des 233 migrants du Lifeline ou des 620 de l'Aquarius. En trente ans l'unité de référence va passer du millier au million. Il serait temps que nos politiques admettent l'ampleur de l'inévitable mouvement qui se profile et l'urgente nécessité d'une réflexion à long terme, lucide et décomplexée, en collaboration avec les décisionnaires africains.

Les marchés financiers ont pris conscience de la marginalisation de l'Europe, du fait de ses divisions, de l'affaiblissement de l'Allemagne, du Brexit, du populisme italien autant que d'une possible guerre commerciale initiée par le président Donald Trump.

Les actions ont corrigé et le niveau de valorisation actuel est raisonnable étant donné les résultats attendus. Pourtant, il devient difficile d'envisager une reprise significative des indices sans une amélioration des performances des banques et plus généralement des valeurs cycliques. Or, les perspectives des banques - trop nombreuses et confrontées à une évolution structurelle majeure - demeurent peu engageantes, notamment du fait de taux longs très faibles et de l'aplatissement de la courbe des taux. Cette situation devrait perdurer. En effet, l'inflation européenne ne redémarre pas. Mario Draghi a prévenu qu'il n'augmenterait pas les taux directeurs avant l'été 2019.

Cette absence de tonicité prolongée de la reprise européenne que corrobore le faible niveau des taux d'intérêt, ne fait pas l'affaire des banques mais risque également de placer la BCE dans une situation préoccupante lorsque s'annoncera la fin du cycle économique.
Dépourvue de marge de manœuvre pour redynamiser l'économie, elle devra subir la récession ou conjuguer, une fois encore, les taux négatifs avec ses conséquences pénalisantes pour les banques.

Ainsi, quelle que soit l'échéance envisagée, les banques semblent durablement handicapées et freinent les indices européens qui ne parviennent pas à franchir nettement les plus hauts qu'ils avaient atteints, malgré plusieurs tentatives.

Plus que jamais, les États-Unis fixent les conditions qui déterminent l'évolution des marchés financiers de l'ensemble de la planète. Ils sont à la fois la référence et les initiateurs déterminants, les GAFA, la FED, le dollar et les « tweets imprévisibles ».

Ce nouveau contexte troublé nous incite à aborder l'été avec prudence.