Jacques DE PANIS PASIS"Le retour du protectionnisme ?"

Par Jacques de Panisse Passis

Président du Directoire, Gérant et Associé

Les Etats-Unis vont-ils déclencher une guerre commerciale et restaurer une politique isolationniste ? Les propos du président Trump le laissent craindre. Les récentes mesures prises sur les droits de douane applicables aux exportations européennes d’acier et d’aluminium semblent le confirmer.

Cependant, à observer le comportement de Donald Trump, on peut se demander si son objectif n’est pas prioritairement de satisfaire son électorat, notamment à l’approche des élections de mi-mandat. Ces annonces tonitruantes dont se délectent les media permettent de donner à quelques décisions, sans impact très significatif, une ampleur et un écho qui servent ses fins politiques.

Il se pourrait que ces taxes soient au final les seules qui auront été imposées. Les menaces verbales sur les voitures allemandes aux Etats-Unis n’ont qu’un seul objectif, décourager les allemands de soutenir l’Europe dans d’éventuelles représailles.

Avec la Chine, les intimidations américaines ont débouché sur un compromis qui évite l’escalade. Les chinois n’ont pas cédé grand chose et maintiennent leurs exportations vers les Etats-Unis. Les Etats-Unis obtiennent quelques concessions chinoises sur leurs exportations vers l’empire du Milieu. Les pourparlers entre les deux premières puissances se soldent par un accroissement des échanges entre les deux pays. Business first !

Les réflexions trumpiennes sur les grandes organisations comme l’OMC ou l’OTAN ont le mérite de secouer un peu des institutions fondées sur des principes anciens et qui vivent sur leur inertie. La forme choisie par le président Trump est souvent brutale et provocatrice, néanmoins elle permet de remettre en cause des situations acquises qui ont parfois vécu.

A l’époque de l’e-commerce, les règles qui régissent le commerce mondial méritent, sans doute, d’être repensées et remaniées.
De même, depuis la fin de la guerre froide, le rôle des Etats-Unis au sein de l’OTAN doit être redéfini. Il est paradoxal que l’Allemagne, première puissance européenne, ne contribue presque pas au budget militaire de l’Europe.

En Europe, il serait temps que les nations réfléchissent à l’organisation de leur défense commune. Cette démarche illustrerait mieux que les discours l’appartenance à une même Europe et recevrait auprès des populations une adhésion forte. Savoir que l’armée qui défendrait notre pays en cas de conflit, serait constituée de soldats polonais, slovènes et hongrois ... permettrait de créer de vrais liens et contribuerait à souder les peuples. A l’égard de l’extérieur, une telle réalité renforcerait l’image d’une Europe unie.
Indirectement, le pragmatisme de Donald Trump pourrait aider à créer un ciment européen, actuellement menacé par l’émergence des courants populistes.

Les partis politiques qui ont récemment accédé au pouvoir en Italie et en Espagne n’ont pas inquiété les marchés outre mesure. Le réalisme des marchés estime sans doute, qu’une fois aux manettes, l’exécutif doit gérer le pays. Alors les grandes idées de la campagne électorale laissent la place à la gestion des affaires courantes, avec une marge de manœuvre souvent plus faible qu’il n’y paraît ! Le cours du dollar et du pétrole, leurs répercussions sur les taux d’intérêt et la croissance, sont les variables qui retiennent l’attention.

Le premier trimestre a révélé une croissance européenne inférieure aux attentes. L’investissement et la consommation ont faibli tandis que l’inflation atteignait les 2%, laissant anticiper une possible remontée prochaine des taux d’intérêt européens, au moment où la FED s’orientera vers une probable action prononcée. Si les tensions salariales américaines se confirment, elles demeurent encore très faibles en Europe du fait du niveau de chômage. C’est la forte hausse du prix du baril (+52% sur 1 an pour le Brent) qui est principalement responsable du regain récent d’inflation. Il paraît de ce fait peu probable que la BCE modifie son calendrier d’intervention prévu à ce jour. Des taux d’intérêt qui restent bas, couplés à un dollar qui se raffermit, voilà un scénario porteur pour les marchés financiers … dès lors que les résultats des entreprises continuent sur leur lancée !