Olivia GISCARDESTAING"Regain d'inflation ?"

Par Olivia Giscard d'Estaing

Directeur

Le taux des emprunts d’Etat américain à 10 ans a subrepticement franchi la barre des 3% fin avril avant de refluer. Faut-il s’en inquiéter ?

Contrairement à ce qui s’était passé en février, les marchés financiers n’ont, cette fois, pas l’air de s’en émouvoir. En avril, les indices américains se sont même légèrement appréciés (+0,4%) et l’indice des actions mondiales a progressé de près de 3% en euros grâce notamment à l’appréciation du dollar. La contagion aux taux 10 ans des emprunts d’Etat européens a également été bien moindre qu’en février avec un taux français resté inférieur à 0,8% et un taux allemand en-dessous de 0,6%.

Pourtant, les éléments constitutifs d’un regain d’inflation aux Etats-Unis sont bien présents : hausse de 2,7% du coût du travail, de 13% pour le pétrole depuis fin 2017, et de plus de 2% pour les prix à la consommation.

 

L’explication vient peut-être des derniers chiffres de la croissance économique mondiale qui semblent indiquer que le pic de croissance aurait pu être atteint. Que ce soit en Chine ou en Europe, les derniers indicateurs avancés augurent d’un ralentissement même s’il devrait rester mesuré. De plus, aux Etats-Unis, le recul de l’indice PMI des directeurs d’achats en avril ne plaide pas pour une accélération de l’activité économique.
A ces derniers indicateurs conjoncturels mitigés, il faut ajouter les menaces protectionnistes de Donald Trump et un contexte géopolitique menaçant autour de l’Iran et de la Syrie.

Enfin, même à 3%, le taux des emprunts d’Etat reste inférieur à la croissance nominale du PIB américain, ce qui ne devrait pas trop entacher la rentabilité des entreprises.

Les résultats trimestriels sont à ce titre éloquents. Plus de la moitié des entreprises américaines a publié ses résultats qui progressent en moyenne de plus de 22% pour un chiffre d’affaires en progression de près de 7%. Les progressions sont même toujours spectaculaires pour les valeurs technologiques malgré leur taille, sachant qu’à elles-seules les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) ont une capitalisation boursière supérieure au PIB français. Ainsi, le résultat trimestriel par action d’Amazon est en hausse de 121% et celui de Facebook de 63%.

Et l’Europe ?

Elle peut sans doute s’enorgueillir d’avoir retenu l’attention du Sénat américain à l’occasion de l’audience de Mark Zuckerberg évoquant la nouvelle norme européenne sur la protection des données. Mais le moins qu’on puisse dire est qu’il reste du chemin à accomplir pour créer les champions technologiques de demain. Aucune valeur technologique européenne ne figure dans le top 50 des capitalisations boursières. La première société technologique européenne, SAP, ne figure qu’à la 59ème place, loin derrière les GAFA américaines et les BAT chinoises (Baidu, Alibaba, Tencent). Pourtant, l’Europe est en excellente position dans le classement annuel 2017 des pays en pointe dans la recherche et développement. Pas moins de sept pays européens figurent dans les dix premiers (dont la France).

L’une des raisons de ce retard vient certainement de la mauvaise allocation de l’épargne des ménages très réticents à la prise de risque en actions. Ainsi, le financement des entreprises européennes s’opère principalement par le système bancaire. La part relativement faible des actifs investie en actions et conservée sur une longue période a une double conséquence : non seulement, elle pénalise la capacité à se constituer un capital pour la retraite dans un monde en croissance, tirée par l’innovation, mais elle freine le développement des entreprises. Pourtant, sur la période de 1988 à 2017, incluant deux crises boursières, un placement régulier diversifié en actions internationales (françaises, anglaises, allemandes, américaines, japonaises) aurait procuré un rendement annualisé moyen de 5,3% (source AMF).

Une autre raison vient du morcellement de l’Europe. Depuis la dernière grande étape de la construction européenne avec la création de l’euro, peu de choses ont été accomplies pour renforcer la puissance économique de la zone euro.

Avec ces deux chantiers, réallocation de l’épargne vers les actions et renforcement de la puissance économique européenne, naîtront alors des champions technologiques européens.