Taux et Marchés

Les marchés avaient rendez-vous cette semaine avec la Banque centrale européenne (BCE). Et côté annonces ils n'ont pas été déçus.

Boursorama.com - 8mars 2019 - Par la Rédaction

La révision en forte baisse des perspectives de croissance a conduit l'institution monétaire à sortir l'artillerie lourde pour soutenir l'économie avec notamment le lancement d'un nouveau de programme de TLTRO. Mais au fait, qu'est ce qui se cache derrière ce sigle ?

S'il était acquis que la croissance marquait le pas en Europe, les observateurs disposent d'estimations actualisées pour mesurer l'ampleur phénomène. Et l'ajustement est brutal. Prenant acte de l'incertitude et du ralentissement économique, l'institution basée à Francfort a rejoint le constat fait par l'OCDE en sabrant lourdement ses perspectives de croissance pour la zone euro : alors qu'elle tablait jusqu'à présent sur une hausse de 1,7% pour 2019 et 2020, la BCE ne s'attend plus qu'à... 1,1% cette année avant un rebond +1,6% l'an prochain.

 

Pas de hausse des taux directeurs en 2019

Face à cet essoufflement plus marqué qu'attendu, la BCE a été contrainte d'adapter son discours. Exit ainsi, la première hausse des taux envisagée à la fin de l'été. C'est Mario Draghi, le président de la BCE qui l'a lui-même confirmé en expliquant que les taux devraient rester au plancher «au moins jusqu'à la fin de l'année» et qu'ils le resteront «aussi longtemps que nécessaire». Sans être acquise, l'annonce était de plus en plus anticipée. Beaucoup d'observateurs auraient jugé prématurés que la BCE confirme une hausse des taux directeurs à la fin de l'été, au moment où l'économie européenne est en perte de vitesse.

Ce qui était moins attendu en revanche, c'est le lancement d'un troisième programme de TLTRO ( targeted longer-term refinancing operations), afin de soutenir l'économie.

TLTRO : kezako ?

Les TLTRO, en français, opérations de refinancement à plus long terme ciblées, constituent l'un des instruments non conventionnels de politique monétaire de la BCE. Ce terme technique recoupe en fait des mesures dites «non conventionnelles» qui permettent à la BCE d'octroyer des prêts à long terme aux banques commerciales à des taux très attractifs et sur des durées plus longues, tout ça dans un seul but : relancer l'économie via la distribution de crédit.

«Le rôle de banque centrale est de fournir de la liquidité aux banques commerciales à travers des prêts. En temps normal, ces dernières doivent rembourser ces prêts après une semaine ou trois mois. La principale spécificité des TLTRO est que les prêts accordés ont une échéance bien plus longue, [NDLR : en l'occurrence deux ans pour le troisième volet]. Les banques disposent dès lors d'un financement stable et sûr dans une période d'incertitudes sur les marchés», explique la BCE sur son site Internet.
L'objectif de ces mesures est donc d'inciter les banques à prêter davantage et à des conditions plus avantageuses aux entreprises, et aux consommateurs de la zone euro.
Ainsi grâce aux TLTRO, si une banque améliore suffisamment son activité de prêt à l'économie, elle peut emprunter à taux négatif auprès de la BCE. Autrement dit, la BCE paye la banque commerciale pour que cette dernière prête aux entreprises et aux consommateurs à des taux attractifs. Plutôt que de devoir verser des intérêts à la BCE, les banques vont donc recevoir des intérêts à hauteur de 0,4%, de la BCE, le niveau actuel du taux de facilité de dépôt.

Le lancement d'un troisième TLTRO aurait dû en théorie soutenir le secteur bancaire et les indices boursiers en général, or c'est l'inverse qui s'est produit. Les marchés ont vu le verre à moitié vide. Pour eux les mesures de soutien annoncées par la BCE sont surtout le signe d'un ralentissement manifeste de la croissance en zone euro. De même, la persistance des taux à un niveau plancher continuera à peser sur les marges des établissements financiers. Dans ce contexte, « les trois pilules proposées par Mario Draghi ne semblent pas suffire à remonter le moral des marchés. De notre côté, nous nous attendons maintenant à ce que le prochain mouvement de la BCE ait lieu au premier semestre 2020», conclut Fréderic Rollin , conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM.

FL (redaction@boursorama.fr)