Industrie

Héritier de la dynastie Agnelli, le petit-fils de l'Avvocato s'est imposé à la tête du groupe Fiat qu'il a contribué à redresser avec son mentor Sergio Marchionne. Connu pour son caractère déterminé et sa sobriété, il est à la tête de l'une des plus prestigieuses familles de la péninsule. Dans l'optique d'une fusion Renault-Fiat Chrysler, il pourrait prendre la présidence de la future entitée.

Les Echos - 27 mai 2019 - Par Olivier Tosseri, correspondant à Rome

« Tu nous as tous appris à penser différemment, à avoir le courage de changer et de faire. A ne pas avoir peur. » En septembre dernier, la voix de John Elkann brisée par l'émotion s'élevait dans la cathédrale de Turin pour rendre hommage à son « cher ami » Sergio Marchionne qui venait de disparaître . Rarissime moment où il fendait l'armure.

Ou plutôt le costume trois-pièces parfaitement découpé sur sa haute et svelte silhouette aristocratique. Celle de l'héritier de l'empire Agnelli, l'une des plus puissantes familles de la péninsule . John Elkann ne se dépare jamais de ses bonnes manières, pas plus que du sourire charmeur et énigmatique de son grand-père Gianni, « l'avvocato ».

Des atouts qui pourraient lui permettre de briguer la présidence de la future alliance que Fiat Chrysler Automobiles (FCA) veut former avec Renault. Le constructeur italo-américain a officiellement formulé sa proposition ce lundi à son homologue français. Le conseil d'administration de Renault a pour sa part accepté de l'étudier.

Pourquoi Fiat Chrysler a besoin d'un partenaire

Baccalauréat à Paris

Né à New York en 1976 de Margherita Agnelli et de l'écrivain et journaliste franco-italien Alain Elkann, John n'est pas voué à reprendre en main les destinées du groupe Fiat. Dans l'ordre de succession, c'est son cousin de dix ans son aîné, Giovanni Alberto, fils d'Umberto (le frère cadet de Gianni) qui est désigné pour remplacer le patriarche. Cela n'empêche pas ce dernier de prendre sous son aile celui que l'on surnomme Jaki et de l'emmener dans ses sorties en mer ou ses escapades en montagne.

Comment Chrysler et Fiat se sont mutuellement sauvés en s'alliant

Après des études dans les meilleures écoles du Royaume-Uni et du Brésil et un baccalauréat à Paris, il arrive en 1994 en Italie pour décrocher un diplôme d'ingénieur à l'institut polytechnique de Turin avant d'enchaîner les stages dans les différentes entreprises du groupe Fiat. A la suite du décès de Giovanni Alberto en 1997, victime à seulement 33 ans d'un cancer foudroyant, son grand-père l'impose au conseil d'administration de Fiat.

Ascension fulgurante

C'est le début d'une ascension fulgurante après la disparition de l'Avvocato en 2003, suivie un an plus tard de celle de son grand-oncle Umberto. John Elkann, qui rejoint la même année Ifil, le holding financier de la famille devenu ensuite Exor, prend la tête de la dynastie.

Il approuve la nomination de Sergio Marchionne au poste d'administrateur délégué de Fiat dont il deviendra le président en 2010. L'année suivante, il prend la direction d'Exor qui contrôle notamment le célèbre club de football de la Juventus de Turin, l'un des bijoux de la famille Agnelli. En 2013, le magazine américain « Fortune » le considère comme l'un des dirigeants de moins de 40 ans les plus influents au monde. Il l'est sans conteste et sans rival en Italie.

Une austérité qui confine à la morgue princière

Avec Sergio Marchionne, John Elkann redresse le groupe Fiat à la dérive. A la suite du décès de son manager/mentor, il est nommé président de Ferrari et de la « scuderia » de Formule 1. Un succès qui ne lui monte pas à la tête. Si son frère Lapo fait le bonheur de la presse à scandale par son exubérance, il n'a, pour sa part, aucun goût excessif pour les mondanités. Consciencieux et déterminé, il affiche une certaine austérité qui confine à la morgue princière. Celle de l'héritier de la plus prestigieuse dynastie industrielle transalpine qui a d'ailleurs épousé Lavinia Borromeo, issue d'une les plus importantes familles aristocratiques italiennes.

 

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