Placements

Sous l’effet de taux d’intérêt très bas, voire négatifs, le placement favori des Français rapporte de moins en moins. Des solutions existent toutefois pour en améliorer les performances.

Le Figaro - 8 novembre 2019 - Par Danièle Guinot

Certains assureurs ont déjà annoncé la couleur : la rémunération des fonds d’assurance-vie en euros - actuellement de 1,8 % en moyenne - va encore fondre cette année, de l’ordre de 0,4 %. Cette modération est liée à la persistance de taux d’intérêt très bas, parfois négatifs, qui empêche les compagnies de servir de bons rendements, sous peine de fragiliser leur santé financière. Elle est d’ailleurs ouvertement encouragée par les pouvoirs publics et les autorités de régulation, soucieux de ne pas les mettre en difficulté.

Face à cette situation, les gestionnaires encouragent les épargnants à diversifier leurs placements dans le cadre de l’assurance-vie, en investissant dans les actions, les PME ou l’immobilier. Un choix plus rémunérateur, mais aussi plus risqué.

 

Assurance-vie : la chute des rendements des fonds en euros va s’accélérer

Leur rémunération devrait tomber à 1,4 % cette année. Les assureurs incitent les épargnants à prendre plus de risques.

C’est désormais une certitude : la rémunération des fonds en euros (c’est-à-dire les fonds investis dans les actifs les plus sûrs, comme les obligations d’État) baissera sensiblement en 2019. Ce qui représentera une douche froide pour les épargnants, qui en 2018 avaient vu le rendement de leurs fonds rester stable à 1,8 % en moyenne. Les plus chanceux avaient même bénéficié d’une amélioration de leur rémunération. Une époque révolue. « Le rendement des fonds en euros devrait baisser de 4 points de pourcentage en moyenne en 2019 », prévoit Cyrille Chartier-Kastler, le fondateur de Facts & Figures. Ces fonds ne rapporteraient plus que 1,4 % en moyenne avant prélèvements sociaux (17,2 %). Soit après impôt, peu ou prou comme l’inflation (1,1 % en septembre).

À l’origine de cette érosion du rendement de l’un des produits d’épargne préférés des Français : le fait que les taux d’intérêt à long terme soient extrêmement bas, voire négatifs, depuis l’été. Et fait nouveau, que cette tendance soit durable, la BCE ayant annoncé sa volonté de poursuivre sa politique monétaire expansive. Cela pénalise les compagnies et préoccupe les pouvoirs publics et le secteur de l’assurance. De fait, cet environnement fait fondre le rendement des fonds en euros, essentiellement investis en obligations et fait peser une double menace sur le secteur de l’assurance-vie. Une hausse brutale des taux inciterait les épargnants à retirer leur épargne ; mais si les taux d’intérêt restaient durablement bas, cela pourrait être synonyme de mort lente pour les compagnies d’assurance-vie. D’où la nécessité d’agir de manière préventive, même si le secteur français de l’assurance est solide et a déjà mis en place ces dernières années des garde-fous pour préparer l’avenir. « Pour faire face à leurs engagements de long terme de façon sécurisée, les assureurs doivent impérativement répercuter la baisse du rendement de leurs placements sur la rémunération des contrats d’assurance-vie », a ainsi martelé fin octobre François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France.

« Rendement de 0,5 % dans trois ans »

Plus que jamais, les écarts de rémunérations d’une compagnie ou d’un contrat à l’autre seront importants et certains taux pourraient baisser de 8 points de pourcentage ou plus ! Certains fonds en euros rapporteront moins que le Livret A (0,75 % net). Et l’avenir s’annonce sombre. « Si les taux d’intérêt restent extrêmement bas, ils rapporteront 0,5 % en moyenne dans trois ou cinq ans », avance Cyrille Chartier-Kastler.

Les compagnies d’assurances et les pouvoirs publics cherchent aujourd’hui à desserrer l’énorme emprise des fonds en euros sur l’assurance-vie. Certains assureurs viennent d’élever des barrières à l’entrée de ces fonds et imposent aux assurés de souscrire en même temps un minimum d’unités de compte (actions…), plus risqués et avec lequel le capital n’est pas garanti. Generali a ouvert le bal (60 % d’investissement en unités de comptes demandés) et certains concurrents lui ont emboîté le pas, comme AG2R La Mondiale, Allianz ou Aviva France, l’assureur des contrats de l’Afer, principale association française d’épargnants. Toutefois, même si la majorité du marché s’apprête à davantage encourager l’investissement dans les unités de compte, tous les assureurs n’imposeront pas des mesures aussi drastiques. « Nous n’avons pas adopté de mesures globales de restrictions aux fonds euros », explique-t-on chez Axa. Pour les assureurs, le problème est épineux, car ils sont tenus à un devoir de conseil. Comment imposer à un assuré de plus de 70 ans d’acheter des actions ? Ou à un épargnant plus jeune d’investir en Bourse alors qu’elle est au plus haut depuis douze ans ?

Dans ce contexte, tous les acteurs réfléchissent à de nouvelles alternatives au fonds en euros. « Le fonds euros a vocation à garder une place importante dans l’épargne des Français, qui ont besoin de stabilité et de prévisibilité », a expliqué fin octobre Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie. Mais, « l’assurance-vie doit évoluer ». Cette transformation doit se faire « de manière progressive ». Certaines compagnies envisagent de mettre en avant les contrats euro-croissance (plus risqués, avec un capital garanti à échéance d’au moins huit ans), qui n’ont jamais rencontré le succès. « Nous étudions avec intérêt les conditions et le positionnement du nouvel euro-croissance prévu par la loi Pacte », confirme le Crédit agricole assurances.

D’autres solutions sont encouragées par les autorités. « Je fais appel à votre capacité d’innovation afin de promouvoir (…) une gamme de placements située entre les produits euros et les unités de compte », a indiqué François Villeroy de Galhau devant un parterre d’assureurs fin octobre. Ces nouveaux produits devront procurer aux assurés qui accepteront de prendre un peu plus de risques une meilleure rémunération que le fonds en euros. Pour autant, celui-ci continuera à exister. « La chute des rendements rendra le fonds en euros moins attractif et la collecte ralentira, prévient Guillaume Leroy, actuaire associé chez Prim’act. Mais il faudra attendre longtemps avant que les encours diminuent. »