Nouvelles technologies

On s'inquiète souvent de l'explosion de la quantité de données qu'il va falloir stocker avec l'introduction de la 5G.

Les Echos - 28 juillet 2020 - Par Gilles Babinet (entrepreneur, conseiller spécial de l'Institut Montaigne pour le digital)

On s'inquiète souvent de l'explosion de la quantité de données qu'il va falloir stocker avec l'introduction de la 5G. Mais ces nouveaux usages, dont profiteront surtout les industriels et moins les consommateurs finaux, permettront aussi de mieux gérer les stocks, la logistique, globalement de mieux synchroniser les besoins avec l'offre, écrit Gilles Babinet, et donc de dépenser moins d'énergie.

On accuse fréquemment la future 5G de nombreux maux : consumériste, gourmande en énergie, dangereuse pour la santé… Une note de recherche d'octobre 2019 du régulateur français, l'Arcep, fait le point sur les enjeux énergétiques et d'empreinte carbone. Le régulateur note qu'au cours de la décennie passée, malgré l'accroissement d'un facteur 30 de la consommation moyenne de données, la consommation des infrastructures de télécommunications est restée à peu près constante. En sera-t-il de même pour les années à venir ? L'Arcep penche pour une relative augmentation de la consommation en conséquence de débits au moins dix fois plus élevés ainsi que du développement très important du nombre de terminaux, qui ne seront plus seulement des smartphones mais également des capteurs en tous genres dans l'industrie, les supply chains, les services, l'agriculture, le bâtiment et bien sûr les environnements domestiques.

Accroissement de la productivité

Une étude indienne (Avinashilingam University) montre bien que ces nouveaux usages seront non pas portés par les consommateurs finaux, mais très largement par les usages professionnels à plus de 80 %. Cela tend à montrer que si la révolution mobile a jusqu'à présent surtout concerné les usages individuels, c'est à présent essentiellement le secteur productif qui va être impacté par l'avènement de ce nouveau cycle technologique. Certes, il n'y a que peu de doutes sur le fait que nos usages individuels vont aussi évoluer : jouer en temps réel sur des jeux 3D multijoueurs, se localiser avec ses amis en même temps sur une carte, etc. Mais la vaste majorité de ces technologies devraient donc être dévolues à un accroissement de la productivité. Mieux connaître la localisation des marchandises en transit pour éviter qu'elles arrivent plus vite, limitant les stocks d'autant. Optimiser les flux industriels dans les usines, réduisant les pertes et les besoins en énergie. Permettre aux agriculteurs de connaître le niveau précis d'humidité en eau du sol et arroser juste ce qu'il convient, évitant les gâchis en eau, etc.

On oublie de mentionner cet aspect souvent méconnu du numérique : si nombre de nations voient une baisse sensible de la consommation par kilomètre parcouru sur leurs routes, l'importance des GPS connectés, qui permettent d'éviter les bouchons, y est pour beaucoup. Si le taux de remplissage des poids lourds dans l'UE a augmenté de 14 % en deux décennies, selon la Commission européenne, c'est largement grâce à cette même technologie informationnelle. Dans la même logique, si le gouvernement a prévu un dispositif pour financer les chauffages connectés (qui se mettent en veille lorsque personne n'est présent), c'est parce que leur efficacité rapportée à leur coût est inégalable.

Progrès environnementaux

En réalité, dans un monde fini, où l'exploration des ressources génère d'importantes externalités négatives, permettre à l'information d'être largement accessible est l'un des moyens les plus efficaces de réduire cette empreinte, en provoquant des gains d'opportunités, c'est-à-dire en synchronisant au mieux les besoins avec l'offre, les flux avec les infrastructures, et cela à tous les niveaux de la chaîne.

Il serait dommage que le débat se polarise uniquement sur les aspects consuméristes et il est vrai parfois absurdes de la révolution numérique (regarder un film en 4K sur un smartphone…), sans considérer les atouts importants qu'elle recèle, notamment dans les progrès environnementaux.

Gilles Babinet est entrepreneur et conseiller de l'Institut Montaigne sur les questions numériques.

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