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La guerre commerciale menée par le président américain vis-à-vis de l'Europe ou de la Chine permet à Donald Trump de tenir un discours qui plaît politiquement. Mais elle n'a, jusqu'à présent, tenu aucune de ses promesses, écrit Eric Le Boucher, ni en termes de pouvoir d'achat, ni de créations d'emploi ou de baisses des coûts pour les producteurs. Au contraire.

Les Echos - 6 décembre 2019 - Par Éric Le Boucher

On a appris cette semaine que lors du G7 de Biarritz, Melania Trump a reçu une ceinture artisanale en cuir de la maroquinerie Laffargue de Saint-Jean-de-Luz. Dans le même temps, son président de mari, en rétorsion aux taxes sur les Gafa, a menacé la France d'imposer des droits de douane de 100 % sur le champagne, le vin et les produits en cuir. Mme Trump a remercié par une lettre officielle gentille qui vante « l'excellence basque » ; M. Trump s'en est pris méchamment par tweet  aux pratiques commerciales « nationalistes » de la France . Ainsi va le protectionnisme qui permet de « gagner les guerres commerciales facilement » (dixit Trump) mais qui entre en contradiction avec la vie des familles.

 

Perte de pouvoir d'achat

L'ensemble des mesures protectionnistes décidées par Donald Trump depuis son élection ont provoqué une perte de pouvoir d'achat de 51 milliards de dollars pour les consommateurs américains, selon des calculs d'économistes (1), soit une perte de croissance de 0,3 % du PIB. Dans le même temps, les gains pour les producteurs américains « protégés » par les barrières tarifaires sont évalués à 7 milliards, soit 0,004 % du PIB. Mais il faut ajouter que les exportateurs ont été, en revanche, pénalisés par les hausses de tarifs imposés en rétorsion par les pays touchés, comme les  cultivateurs américains de soja privés de débouchés en Chine. La Maison-Blanche a dû, en 2018, leur accorder un plan d'aide de 12 milliards de dollars pour les compenser. Ces bilans ne sont pas faciles à faire puisque le président a multiplié les allers-retours, imposant des hausses des droits de douane un jour puis les suspendant le lendemain. Mais au total, le résultat est que les consommateurs américains ont vu les prix augmenter et les producteurs n'ont rien gagné.

Quant aux firmes étrangères qui seraient venues se localiser sur le sol américain pour éviter les droits de douane, le bilan est quasi nul. Il est  positif uniquement pour l'automobile à court terme (+2,5 % pour l'emploi), mais à long terme, il se rapproche de zéro. Les géants américains ont perdu en compétitivité par l'importation de pièces détachées plus chères tandis que certaines firmes étrangères s'implantent mais elles seraient venues quoi qu'il en soit pour vendre sur le premier marché du monde. La nouvelle division du travail veut qu'on produise là où on vend, notamment pour éviter d'émettre du CO2 en transport et se mettre en ligne avec l'esprit écologique du temps. Bref, le protectionnisme de M. Trump a coûté aux ménages et n'a créé aucun des emplois qu'il tweetait.

Une politique plus musclée

Que lui importe, dira-t-on, ses électeurs lui restent fidèles. Si la guerre commerciale est en réalité plus difficile à gagner, elle reste une arme politique facile à manier. D'où les nouvelles menaces contre l'Europe qui émergent à nouveau parce que le front contre la Chine est enlisé. Pékin a une longueur d'avance dans le maniement du temps : Xi Jinping a tout le loisir d'attendre que les présidents américains passent, lui peut rester en ne changeant que des broutilles dans sa stratégie de conquête. L'Europe se voit donc à nouveau attaquée, l'armistice conclu avec Jean-Claude Junker à l'été 2018 a été rompu cette semaine par Donald Trump, tandis que dans le même temps - et très curieusement -, l'OMC (Organisation mondiale du commerce)  condamnait l'Europe pour des subventions à Airbus légalisant des représailles américaines. La première tâche de la nouvelle Commission est de refaire l'union des Etats membres autour d'une politique beaucoup plus musclée, en somme plus chinoise.

En réalité, les électeurs de Trump ne sont pas si contents. On a pu calculer que lors des élections de mi-mandat de l'an passé, 5 des sièges perdus par les républicains (sur un total de 40 perdus au Congrès) l'ont été parce que les effets négatifs du protectionnisme frappent particulièrement… les comtés républicains (2). C'est le cas des électeurs des régions agricoles que visent habilement les rétorsions chinoises et que les aides de Washington n'ont pas calmés. La guerre commerciale n'est pas politiquement bénéfique pour les républicains.

Par ailleurs,  la suppression par Trump de la Sécurité sociale de l'Obamacare a coûté plus encore : 15 sièges au Congrès. La fidélité des électeurs de Trump ne dure en somme que tant qu'ils ne sont pas touchés eux-mêmes. La politique populiste est bonne dans les discours électoraux ; dans les faits, elle n'obtient aucun des buts qu'elle affiche et elle blesse ceux qu'elle a séduits.

(1) The return to protectionnism. Pablo Jajgelbaum, Pinelopi Goldberg, Patrick Kennedy, Amit Khandelwal. Vox 7 novembre

(2) Trump's trade war cost Republicans congressional seats in the 2018 midterm elections. Emily Blanchard, Chad Bown, Davin Chor, Vox 26 novembre.

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