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Plus nombreuses au salon de l’électronique grand public, les entreprises tricolores arrivent avec des produits plus matures à présenter.

Le Figaro - 7 janvier 2018 - Par Elsa Bembaron ( Photo Le figaro.fr)

TECHNOLOGIE Les Français s’apprêtent à faire une nouvelle démonstration de force lors du Consumer Electronics Show (CES), le grand salon mondial de l’électronique grand public, qui ouvre ses portes le 9 janvier à Las Vegas. La montée en puissance de la French Tech et du savoir-faire tricolore dans cet environnement international est très nette. En quelques années, le regard souvent condescendant des visiteurs professionnels de ce salon s’est mué en respect, parfois même assorti d’admiration.

 

Plus de trois cent soixante entreprises françaises font le voyage. Cela va de la start-up comptant une à deux personnes à de grands groupes comme L’Oréal, Legrand, Michelin, Dassault Systèmes, La Poste, Valeo ou Total, en passant par des entreprises de taille intermédiaire. Dans ce vaste panel, les start-up sont les plus nombreuses (320), assurant une présence française très remarquée au sein de l’Eureka Park, l’espace dédié aux jeunes entreprises. Les tricolores sont la première délégation étrangère du lieu.

Il ne faut toutefois pas oublier que le CES est très vaste et que près de 4 000 entreprises venant du monde entier y sont représentées. Néanmoins, le principe de « chasser en meute » porte ses fruits. Il a aidé à la promotion du savoir-faire français, désormais salué par les Américains eux-mêmes, qui nous envient nos mathématiciens, statisticiens, data scientists et autres programmeurs.

Objets connectés et intelligence artificielle

Cette année, les entreprises françaises ne se contentent pas d’être plus nombreuses, elles présentent aussi des produits ou services plus aboutis, plus sérieux. Cela se traduit dans la répartition des secteurs d’activité représentés. Les Français sont particulièrement actifs dans le monde des objets connectés et de l’intelligence artificielle. Sur ces deux secteurs en construction, de nouveaux entrants peuvent encore rivaliser avec les grands groupes, voire les devancer, avec trois champs d’application de prédilection : la maison connectée, la e-santé, la ville intelligente. Avec un savoir-faire reconnu, ils sont encore plus nombreux que l’année dernière à rafler des récompenses remises par les organisateurs aux entreprises les plus innovantes du salon. Blue Frog Robotics et Lancey Energy Storage ont même reçu des « Best of Innovation Awards », sorte d’oscar dans une catégorie (lire ci-dessous). Une trentaine d’autres sociétés se sont vues décerner des Awards d’honneur. En 2015, seules six avaient été primées.

Les sujets les plus sérieux sont abordés, depuis un détecteur connecté de radioactivité avec Icohup, à Rifft, qui permet de recharger sans fil ses appareils électroniques. MyBus vise les petites collectivités locales avec ses tickets de bus dématérialisés. Ou encore Ween AI, qui s’est mué fournisseur d’intelligence artificielle pour de grands clients. France oblige, la cosmétique et le vin sont aussi représentés dans ce palmarès. Aveine a mis au point un bouchon qui permet d’optimiser l’aération du vin juste avant de le servir, tandis qu’Emuage a développé une machine à fabriquer ses cosmétiques à la maison, avec un principe proche de celui d’une célèbre machine à café à capsule. Deux sociétés de taille intermédiaire sont récompensées : Somfy, avec son thermostat connecté intelligent, et l’entreprise familiale Hammel, pour sa douche connectée Elmer. C’est d’ailleurs une des bonnes nouvelles de l’année, la France commence à voir émerger de nouveaux champions.

Stratégie de partenariats

Sigfox est ainsi en passe de réussir son pari, avec son réseau télécoms dédié aux objets connectés. Ludovic Le Moan, patron et fondateur de Sigfox, prévoit une accélération très nette en 2018 : « Il faut prendre conscience que ce type de projets est long à mettre en place. » Près de cinq cents entreprises dont des groupes du CAC 40 (Air liquide, Total…) ou encore SNCF, Docapost, Eiffage, l’allemand Hager testent actuellement des objets connectés avec Sigfox.

Dans le même domaine, mais avec une autre technologie, Actility a aussi fait une remarquable percée. De son côté, Netatmo poursuit sa croissance dans la maison connectée. Sa stratégie, d’abord axée sur le grand public, repose désormais davantage sur les partenariats avec de grands groupes, comme Legrand, le leader mondial de l’appareillage électrique, ou Velux. Bewell Connect a lui aussi fait migrer son modèle, ajoutant de plus en plus de services à sa palette. Concentrée dans le domaine du médical, la jeune entreprise a développé un service de santé personnalisé et d’interprétation des données médicales. Ces mutations illustrent aussi une réalité du marché : le grand public ne s’est pas précipité sur les objets connectés. Ce marché, moins porteur qu’escompté, a en outre été rapidement phagocyté par les géants de l’électronique grand public, dominé par Apple et Samsung.