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La suppression de l’ISF sur les valeurs mobilières et la mise en place de la flat tax à 30 % devraient favoriser l’investissement en actions. Le CAC 40 a gagné près de 10 % cette année.

Le Figaro - 29 décembre 2017

Nouvelle année faste pour le CAC 40, l’indice vedette de la Bourse de Paris. En un an, il a progressé de près de 10 % pour la plus grande satisfaction des investisseurs. Les sociétés présentes dans le luxe, notamment Kering, affichent une croissance spectaculaire. Les valeurs technologiques ont également bien progressé.

À la veille de 2018, les questions sont nombreuses. Les Bourses européennes vont-elles continuer à progresser comme le pensent les analystes. Et surtout, les particuliers qui ont déserté la Bourse ces dernières années vont-ils revenir ? Le gouvernement a en tout cas profondément toiletté la fiscalité de l’épargne dans le but de favoriser les investissements dans les entreprises.

Faut-il revenir en Bourse en 2018 ?

Le Figaro - 29 décembre 2017 - Par Hervé Rousseau

MARCHÉS L’année n’est pas encore terminée que la place boursière de Paris a déjà les yeux rivés sur 2018. Hausse des taux, retour de l’inflation, accélération de la croissance… Les prochains mois promettent de grands changements pour les marchés. Mais un autre sujet taraude les financiers : les particuliers vont-ils revenir vers la Bourse ? Réputées plus risquées que les autres placements, les actions sont souvent délaissées par les épargnants. Ces dernières années, la Bourse de Paris a perdu près de la moitié de ses actionnaires. Mais la situation pourrait changer. Le nouveau gouvernement, soucieux de drainer l’épargne vers l’économie productive, a engagé une refonte de la fiscalité sans précédent destinée à favoriser l’investissement en Bourse.

Premier levier, la suppression de l’ISF sur les valeurs mobilières et son maintien sur l’immobilier au travers de l’IFI. En agissant de la sorte, l’exécutif flèche l’épargne prioritairement vers les entreprises. Deuxième levier : la mise en place du prélèvement forfaitaire unique de 30 % sur les revenus financiers. Cette flat tax est destinée à offrir de la clarté et de l’homogénéité à la fiscalité des placements tout en plafonnant les prélèvements supportés par les épargnants les plus aisés.

Autre évolution, l’impôt sur les sociétés va être progressivement allégé : il passera de 33,3 % à 25 % d’ici à 2022. Pour les actionnaires, il s’agit d’une bonne nouvelle : une grande partie des sommes économisées par les entreprises devrait leur revenir sous forme de dividendes ou de rachats d’actions. Censurée par la Cour de justice européenne et le Conseil constitutionnel, la taxe de 3 % sur les dividendes, instaurée sous François Hollande, va également disparaître.
41 milliards de dollars de dividendes versés

Avec ce train de réformes, le gouvernement espère relancer l’investissement dans les entreprises et redorer l’attractivité d’une Bourse qui depuis cinq ans fait des étincelles : elle a pratiquement doublé de valeur aux États-Unis (+ 88% pour le Dow Jones) et a fait un bond de près de 50 % à Paris. Et ceci sans compter les dividendes qui ne cessent de croître. Cette année, selon Janus Henderson, les entreprises du CAC 40 ont déjà versé près de 41 milliards de dollars de dividendes (environ 35 milliards d’euros).

Ce montant devrait fortement grimper l’an prochain. Au premier semestre, les sociétés du CAC 40 ont déjà engrangé plus de 50 milliards d’euros de bénéfices nets, soit 22,2 % de plus qu’en 2016. La barre des 100 milliards d’euros de profits annuels nets - un record jamais égalé à ce jour - semble à portée de main.

Car l’année 2017 que les analystes voyaient agitée et peu porteuse pour les marchés a battu des records. Les promesses de baisses d’impôts et de relance des investissements du président américain ont littéralement galvanisé les marchés. Wall Street s’est enflammé : le Dow Jones s’est adjugé plus de 25 % et le Nasdaq près de 30 %. Comme souvent, les marchés européens ont suivi avec un peu moins d’entrain. Le Dax a grimpé d’environ 13 % en 2017 et le CAC 40 d’un peu moins de 10 %. Mais dans tous les cas, l’immobilier comme le livret A ou les fonds en euros qui ne rapportent pratiquement plus rien sont battus à plates coutures. La prise de risques a payé.

Pour les analystes, si 2017 a été l’année de Wall Street, 2018 pourrait bien être celle des marchés européens. Les planètes semblent en effet alignées pour les Bourses européennes. La croissance accélère sur le Vieux Continent et singulièrement en France où les entreprises sont en grande forme. En outre, contrairement à la Fed américaine qui a mis un sérieux coup de frein à sa politique monétaire, la Banque centrale européenne (BCE) poursuit ses largesses. Les gérants privilégient d’ailleurs très majoritairement les actions européennes dans leurs allocations d’actifs pour 2018.

Degroof Petercam, par exemple, constate que les actions européennes se payent « bien moins cher que les valeurs américaines » et qu’elles « conservent un réel potentiel de hausse ». Les spécialistes de La Banque postale AM notent pour leur part que la décote des marchés européens par rapport à leurs homologues américains « est à un pic historique de 22 % ». Or, pour Groupama AM, les profits des entreprises devraient encore progresser l’an prochain au rythme de « 9 % en Europe ce qui devrait se refléter dans les cours de Bourse ».

Même analyste chez Natixis AM où l’on constate que « les actions européennes bénéficient de valorisations plus attractives et d’une politique monétaire plus généreuse ». Un optimisme teinté toutefois de prudence. Les marchés ont déjà beaucoup monté et pour Vincent Guenzi, stratégiste chez Cholet Dupont, « les actions sont chères et le potentiel est désormais limité ». En revanche, « le risque de correction est bien réel ».

Pour CPR, il faut avant tout privilégier la prudence. « Les investisseurs sont nerveux et les déceptions se payent au prix fort », constatent les spécialistes de Degroof Petercam et de citer les exemples d’Elior, de DBV Technologies ou d’Altran qui ont subi de sévères sanctions au cours des dernières semaines. Ces réactions qu’ils jugent « parfois excessives » devraient se multiplier l’an prochain.

Pour 2018, beaucoup prédisent d’ailleurs le retour de la volatilité qui a été pratiquement absente cette année. Guillaume Dard chez Montpensier Finance estime que la faible volatilité n’est pas forcément bon signe : « Les marchés foncent dans le brouillard sans conscience des risques de survalorisation. Il ne peuvent pas progresser en ligne droite.» Il reste toutefois confiant à moyen terme. En Europe, « les facteurs de soutien sont réels » et aux États-Unis « la politique menée par Trump devrait produire ses effets dans un marché qui a une incroyable capacité à surprendre ». Pour la fin de l’année prochaine, il anticipe un CAC 40 à 5 900 points, soit un potentiel d’environ 10 %.

Le luxe et la technologie en tête des hausses

Par Roland Laskine et Hervé Rousseau

Le CAC 40 s’apprête à finir l’année sur une belle hausse de près de 10 %. Mais certains titres font bien mieux. En 2017, il fallait en effet miser sur l’excellence française, les spécialistes du luxe et les grands exportateurs. Sur le podium des trois plus fortes hausses du CAC 40, on retrouve ainsi les deux champions nationaux du luxe : Kering (+85 %) et LVMH (+37 %). Ces groupes, qui sont à la tête de marques parmi les plus prestigieuses au monde, ont pleinement profité de la forte croissance de la demande de produits de consommation haut de gamme en provenance des pays émergents, des États-Unis, mais aussi d’Europe, où les ventes se sont très nettement redressées ces derniers temps.

La performance extraordinaire d’un groupe de la taille de Kering, qui réalise plus de 13 milliards d’euros de chiffre d’affaires, s’explique en partie par un effet de rattrapage, avec un net redressement des ventes et des profits de Gucci. Totalement repositionnée, la griffe a hissé sa marge opérationnelle au niveau record de 32 % sur le premier semestre. Dans le domaine des vêtements de sport, les investisseurs spéculent aussi sur une cession de Puma, dont les ventes sont également en nette hausse.

La progression du cours de Bourse de LMVH sur l’année est moins spectaculaire. Mais le numéro un mondial du luxe n’a, au cours de ces dernières années, connu aucun accident de parcours et a toujours délivré des performances régulières. Avec une capitalisation boursière proche de 127 milliards d’euros, le groupe dirigé par ­Bernard Arnault est d’ailleurs devenu cette année la première entreprise du CAC 40 devant le groupe pétrolier Total.

Le groupe franco-italien sélectionné par Apple

Entre ces deux géants du luxe, ­STMicroelectronics se place en deuxième position des plus fortes hausses du CAC 40, avec un bond de plus de 71 %. Le fabricant européen de composants a été à la fois porté par un vif redressement de ses ventes, avec un objectif de croissance du chiffre d’affaires pour 2017 récemment porté à 18 % par la direction. Le groupe franco-italien a également été sélectionné par le géant Apple pour lui fournir le système d’imageur 3D utilisé pour la reconnaissance faciale de son nouvel iPhone X.

Airbus (+33,5%) et Safran (+26,5 %) figurent également en bonne place. Le secteur aéronautique, dont les carnets de commandes sont remplis pour plusieurs années, offre une excellente visibilité et présente encore de belles perspectives de valorisation. Dans le secteur de l’eau et des services aux collectivités, délaissé ces dernières années, Veolia Environnement a créé la surprise avec un gain annuel de près de 32 % en 2017. Le groupe, qui a restructuré son bilan, a profité d’un redémarrage de son activité et de mesures d’économies pour enregistrer une nette amélioration de son résultat opérationnel. Le titre en a bénéficié, mais il est loin d’avoir retrouvé ses niveaux d’avant la crise de 2008.

Vinci, présent à la fois dans le BTP et les concessions autoroutières, poursuit d’année en année sa marche en avant. Le titre a encore gagné environ 32 % en 2017, ce qui porte à 140 % sa progression sur cinq ans.

En 2017, il fallait en revanche se tenir à l’écart des spécialistes de la distribution, des banques et du secteur parapétrolier. Avec l’accélération de la croissance et la hausse des taux, la mécanique pourrait s’inverser et, pour bon nombre de professionnels, ces secteurs pourraient très bien se distinguer en Bourse en 2018.

Millenials, infrastructures, intelligence artificielle… Les tendances de long terme

Par Roland Laskine

Avec les fortes hausses des cours intervenues en 2017 sur l’ensemble des marchés financiers, les actions ont atteint des niveaux de valorisation considérés comme élevés et il devient plus difficile de faire les bons choix pour 2018. Plutôt que de prendre le risque de miser sur telle ou telle valeur ou même de chercher à effectuer des arbitrages sectoriels en fonction de l’évolution du marché, de nombreux investisseurs ont choisi de privilégier des thèmes d’investissement à très long terme sur lesquels ils ont moins de chances de se tromper.

Cette approche transversale consiste à repérer des tendances de fond offrant un potentiel de croissance supérieur à la moyenne du marché sur de longues périodes, sur lesquelles il sera possible de se reposer sans se soucier de l’évolution des cours au jour le jour.

L’avantage de ces stratégies dites « thématiques », c’est que les particuliers n’ont pas besoin de se placer sur des actions en direct avec le risque que cela comporte. Ils peuvent investir au travers de fonds spécialisés sur les tendances sélectionnées. Ces thèmes sont d’autant plus pertinents qu’en 2018, en dépit des signes de reprise de l’activité dans le monde, il faut se préparer à un retour de la volatilité et à encaisser la hausse des taux.

Dans cet esprit, les stratégistes de Credit Suisse ont sélectionné, sous la houlette d’Hannette ­Hechler-Fayd’herbe, cinq grands thèmes d’investissement sur lesquels il sera possible de se reposer sans se soucier des aléas des marchés au jour le jour.

Le premier est celui des « sociétés en colère », qui repose sur des modes de croissance plus autocentrés, un monde multipolaire qui incite à se tourner vers des marques occidentales fortes, mais aussi des champions nationaux dans les pays émergents, et bien sûr des sociétés axées sur la sécurité et la défense.

L’autre thème est celui des infrastructures (routes, trains, aéroports, ports, etc.) avec une très bonne visibilité et des rendements attrayants. La « technologie au service de l’humain » qui regroupe des sociétés spécialisées dans l’intelligence artificielle, les échanges de données et la santé, avec les thèmes du séquençage du génome et des techniques de prévention.

« L’économie des seniors » est un sujet plus connu, mais essentiel avec 2,5 milliards de personnes de plus de 65 ans en 2050. Les entreprises à mettre en portefeuille sont celles qui sont impliquées dans les services de soins, la pharmacie, l’hébergement spécialisé et les loisirs.

Le dernier thème est celui des millennials, avec 50 % de la population qui a aujourd’hui moins de 34 ans. Il s’agit là de cibler les sociétés axées sur le développement durable, comme les producteurs d’énergies propres, les fabricants de batteries lithium-ion, mais aussi des marques d’alimentation saine, les jeux interactifs ou les articles de sport.