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Dans un entretien au JDD, la directrice du Fonds monétaire international se félicite des prévisions de croissance dans le monde et appelle les pays à en profiter pour se désendetter. Concernant la France, l'ancienne ministre salue le «calendrier» d'Emmanuel Macron.

 Le Figaro.fr - 31 décembre 2017 - Par Luc Lenoir ( Photo Mark Lennihan/AP)

La reprise économique mondiale est «plus forte, mieux partagée», et non plus seulement tirée par les économies émergentes, se félicite la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, dans une interview au Journal du dimanche, tout en appelant les pays à des réformes en profondeur.

«En 2017, pour la première fois depuis longtemps, nous avons revu à la hausse nos prévisions de croissance dans le monde - auparavant, nous les révisions plutôt à la baisse», souligne-t-elle dans l'entretien.

Avec une croissance de 3,6 % cette année, «l'économie mondiale reviendra au taux moyen des deux décennies qui ont précédé la grande crise financière de 2007-2008», relève la responsable. Pour 2018, le FMI table sur une accélération à +3,7%. En France, l'Insee a relevé ses prévisions à 1,9% pour 2018.

«Quand le soleil brille, il faut en profiter pour réparer le toit»

«Cette reprise est propice, soit à poursuivre les réformes structurelles lorsqu'elles ont été engagées, soit à décider de les mener», estime Christine Lagarde, répétant sa formule fétiche: «Quand le soleil brille, il faut en profiter pour réparer le toit.» La patronne du FMI indique que sur ce sujet, l'institution est toutefois attentive à ce que les pays mettent en place des réformes permettant une «croissance inclusive», qui n'aggrave pas les inégalités. À propos de son propre pays, l'ancienne ministre de l'Économie de Nicolas Sarkozy (de 2007 à 2011) estime que «la réalisation de réformes structurelles importantes doit constituer pour la France un gage de crédibilité afin d'engager ensuite un dialogue de fond sur la modification des institutions européennes ou aller plus loin dans l'intégration». «Je crois que le président Macron a un train de réformes successives en tête avec un calendrier», se félicite-t-elle à ce sujet.

L'euro «fortement consolidé» par rapport à la crise de 2008

Christine Lagarde indique en effet qu'elle a «toujours de l'espoir» dans le projet européen, citant les idées de défense commune, d'une politique énergétique convergente ou d'une ligne européenne de défense de l'environnement. Et quand bien même le projet d'union monétaire européenne ne sera «peut-être» jamais achevé «parce que l'Europe n'est pas unie pour aller vers plus d'intégration tout en maintenant la souveraineté des États, elle juge que «l'euro se porte bien». La zone euro «est fortement consolidée par rapport à ce qu'elle était en 2008», constate-t-elle. «À l'époque, on était en risque permanent, on se demandait si l'euro allait tenir bon et on attendait l'ouverture des marchés dans l'angoisse. Depuis, il y a eu l'adoption d'un mécanisme de stabilité (et) le début d'une Europe bancaire.»

Trump et la Chine, le «problème» de la démographie africaine et la stratégie du FMI

Interrogée sur les autres grands sujets de la politique économique mondiale, l'ancienne avocate s'est montrée prudente, mais aussi déterminée sur les choix du FMI. Sur la présidence Trump, Christine Lagarde constate que le protectionnisme américain affiché répond essentiellement à «des enjeux intérieurs», et lorsqu'on lui demande si la Chine pourrait prendre aux États-Unis sa place de leader dans la mondialisation économique, celle-ci se montre circonspecte: «je suis un peu échaudée par les discours. Il faut juger aux actes».
Sur l'Afrique, la directrice de l'institution veut parier sur l'éducation des femmes pour réguler la démographie, et apaiser l'économie: «on observe des corrélations tellement fortes entre l'évolution de la courbe de natalité et l'éducation des jeunes filles que ne pas parier sur ce combat serait une faute». D'autre part, «il y a un énorme manque à gagner» lorsqu'on maintient les femmes à l'écart de la vie économique». Enfin, un autre grand combat actuel du FMI concerne la corruption: Christine Lagarde indique qu'elle coûte 2 points de PIB mondial, et constate que l'assistance technique pour lutter contre le blanchiment est une activitée particulièrement demandée par les gouvernements.