Macron manager DarwinienMacron, manager darwinien

Au pouvoir depuis sept mois, le président de la République applique à l'appareil d'Etat la même méthode qui a guidé En Marche. Il magnétise ses troupes, les accable de travail, joue de l'incertitude pour créer une tension permanente, élimine sans hésitation les mauvaises branches. Avec des résultats. Mais aussi cette question primordiale : est-ce durable ?

Les Echos Week-End - 15-16 décembre 2017 - Par Cécile Cornudet (Photo Philippe Wojazer/Reuters)

"Bienvenue à bord!". Ce 21 juin 2017, Sébastien Lecornu est nommé secrétaire d'État et reçoit ce SMS d'Alexis Kohler, le secrétaire général de l'Élysée. Embarquer dans l'équipe Macron commence par un sourire.

On est jeune, on est bosseur, on va sauver le pays. Et le pire, c'est qu'on y croit. «C'est sans doute le signe d'un ego démesuré, mais Emmanuel Macron est sincèrement persuadé qu'il peut sauver le pays. C'est pour ça qu'on le suit comme ça», confie l'un de ses proches.

Sept mois après l'élection présidentielle, la politique n'est plus tout à fait ce qu'elle était. Elle est devenue un objet tout lisse, sans aspérité ou presque. Les ministres ne jouent pas leurs arbitrages dans les médias; le chef de l'État ne consacre pas tous ses conseils des ministres à les rappeler à l'ordre. Et lorsqu'une personnalité sort du cadre, elle y est remise illico - voir Stéphane Travert sur le glyphosate. Les réformes annoncées dans la campagne sont, l'une après l'autre, élaborées, discutées, votées. À l'heure où le vernis des bonnes résolutions habituellement se fendille, la surface pour l'instant reste plane. On entend même le ronron d'un moteur et cela surprend suffisamment dans ce pays réputé bloqué pour que l'on se demande: y a-t-il un secret dans le management Macron?

Le management, voilà pourtant un domaine auquel ce président qui n'avait jamais géré d'équipes refuse de s'intéresser. Sa préoccupation n'est pas là. Avant de voir les hommes, il envisage la machine, énorme, lourde, rétive, cet appareil d'État qu'il a, cette fois, vécu de l'intérieur. Comment dégripper la locomotive qui tirera le pays? Comment lui insuffler l'agilité qui animait la start-up En Marche dans la campagne? Emmanuel Macron a cette première conviction: la machine a besoin d'un coup de pied. On ne recherche l'harmonie que lorsqu'il y a du mouvement. En matière de coup de pied, pas besoin de se forcer. «Il a l'âme d'un chef», dit Christophe Castaner. Il a aussi réfléchi sur le pouvoir dans la Ve République: il doit être «vertical».«J'ai vu la personne se transformer dans la campagne, l'intellectuel devenir chef de guerre», rapporte Jean Pisani-Ferry, chargé alors du projet. «Il a traversé la mer Rouge. Un homme qui se lançait dans cette campagne impossible ne pouvait heureusement qu'être très autoritaire une fois au pouvoir, un silex», poursuit Alain Minc.

Autorité et méthode sont ses vertus cardinales. Le chef de l'État a mis en oeuvre une organisation censée répercuter au mieux les décisions prises d'en haut. Un président au sommet, un petit cercle de fantassins pour l'impulsion et la réactivité, un gouvernement pour mettre du charbon dans la machine et de l'huile dans ses rouages, une administration qui pousse plutôt qu'elle ne freine. Tel est le schéma, et pour le faire tenir, une organisation au cordeau. «Process», «reporting», «tableaux d'intervention», Macron et ses conseillers sont passés par le privé et en ont rapporté bien plus que le vocabulaire. Les jours, les semaines, les mois sont réglés serrés. Des feuilles de routes ministérielles, des séminaires pour caler le travail semaine après semaine, des agendas partagés, des réunions le vendredi pour préparer la semaine suivante, des dossiers rendus à date fixe, des coups de fils permanents pour gérer les détails. Chacun sait ce qu'il doit faire et quand. Le président lui-même raisonne en séquences, un discours pour ouvrir, une signature officielle pour conclure. Efficacité, exécution, se répète-t-on dans les couloirs. «Jamais de surprise", martèle Alexis Kohler.

Tous rangés, tous utiles

Les gens aussi sont à leur place. Un directeur de l'enseignement scolaire à l'Éducation (Jean-Michel Blanquer), une membre du conseil constitutionnel à la Justice (Nicole Belloubet) et ainsi de suite. Dans le grand échiquier qu'il a devant lui, Emmanuel Macron installe chacun dans sa juste case. Tous rangés. Tous utiles. «Il vous scanne en deux secondes", témoigne Stanislas Guérini, porte-parole de La République en marche, et vous inscrit dès lors dans son dispositif. «Il faut que le cliquet entre les gens se fasse», pointe drôlement Sibeth Ndiaye, sa conseillère en communication. Dans ce système d'affectation clinique, pas de temps perdu pour le pathos ou même l'affect. «Je ne l'ai jamais vu prendre une décision par pure récompense», note Stanislas Guérini. «Il ne va jamais nous parler de notre carrière, l'important c'est ce qu'on fait ensemble», confirme Sibeth Ndiaye. Pas la peine d'attendre un «merci» ou un encouragement. Savoir qu'il vous juge utile doit suffire.

Mais qui dit utile, dit aussi inutile. La liste est déjà longue des proches déçus de ne pas, ou plus, jouer sur l'échiquier présidentiel. François Bayrou a été gommé de l'affiche. Si chacun a une place, il doit y rester. «Macron n'a pas aimé voir Bayrou se comporter en coprésident», estime un proche. Les ministres de la société civile ont de ce point de vue une vertu qu'on a peu pointée: ils ne se lèvent pas chaque matin en se demandant comment succéder au Premier ministre. Pas de scories politiques, l'énergie est concentrée. Dès la campagne, Macron décrivait ainsi à l'écrivain Philippe Besson son approche des relations humaines: «C'est avec les proches que tu es le plus dur. Il y a une part d'injustice dans les choix. Qu'il faut assumer. Tu écartes les proches, tu en retiens d'autres qui viennent seulement d'arriver, tu choisis les meilleures personnes.» Pourtant, c'est pour les élus que le plus dur commence, et pas seulement parce que leurs nuits seront courtes. Emmanuel Macron est d'une exigence rare. Avec lui-même d'abord. Il aime les dossiers et la technique, s'y plonge avec la délectation d'un banquier d'affaires, il commande des dizaines de cartes pour analyser le conflit syrien, il peut disserter dix minutes sur la crise du poulet devant des parlementaires à l'Élysée, et veut tout connaître de la pomme de la Durance lorsqu'il rencontre un producteur. Tout comprendre, tout regarder, tout contrôler. Puis laisser libre court à l'exécution.

Dans un premier élan, son interlocuteur est impressionné... jusqu'à ce qu'il comprenne que le chef de l'État attendra la même chose de lui. «Tout le monde doit être à la hauteur. Des notes qu'on lui envoie ou des discours qu'on lui prépare, le patron fait de l'or, il se couche après nous: il invite à se surpasser parce que lui-même se surpasse», résume un conseiller du premier cercle. Les ministres doivent connaître leurs dossiers par coeur, et arriver sans leur directeur de cabinet à leurs rendez-vous avec le président. Après l'organisation d'un événement, il n'est jamais totalement satisfait: «On peut faire mieux», commente-t-il immanquablement. Les notes ne doivent pas excéder une page. Avant d'atteindre sa destination lors d'un voyage à l'étranger, il fait venir ses conseillers autour de lui dans l'avion: ils ont dix minutes chrono chacun pour lui résumer l'essentiel. Une heure plus tard, il a tout en tête et peut atterrir.

Pas ses hommes. À cette pression, Macron ajoute de la tension. Il répète souvent cette phrase, «si on ne bouscule pas le système, le système nous bouffe», relate Christophe Castaner. Pour affronter le molosse, il prend d'emblée deux décisions. La taille des cabinets ministériels sera limitée par décret (dix conseillers par ministre, huit par ministre délégué, cinq par secrétaire d'État). Et les administrations centrales vont faire l'objet d'un «spoil system»: les directeurs seront remplacés s'ils n'adhèrent pas à l'action de leur ministre, des personnalités extérieures vont venir apporter de l'air frais - et de la compétence - dans la fonction publique. Qu'en penser sept mois plus tard? Que la dose, ou plutôt les deux doses administrées en même temps étaient trop fortes. Dès la fin de l'été, le constat est évident: les ministères frisent le burn-out, les administrations sont tétanisées par la menace d'un chamboule-tout. Plusieurs ministres réclament un assouplissement de la règle des cabinets. En vain: Macron se montre inflexible. Appuyez-vous davantage sur vos administrations, leur répond-on. Déléguez certaines fonctions à vos secrétaires généraux, la presse et les relations avec le Parlement, précise Matignon par circulaire. Mais avant de s'appuyer sur les administrations, encore faut-il les rassurer. Discrètement, sans assumer publiquement un changement de pied, les ministres reçoivent donc leurs directeurs pour délivrer peu ou prou le même message: «Je ne veux pas que vous vous fassiez du souci», tempère ainsi Nicolas Hulot. «J'ai besoin de vous» plutôt que «Faites vos preuves». Tant pis pour la grande valse des directeurs et la reprise en main du politique sur l'administratif. «C'est notre grand échec», dit un poids lourd. Bercy gouverne, entend-on couramment. Tant pis si le projet prévoyait que des préfets ou des directeurs d'hôpitaux seraient nommés recteurs dans l'Éducation. Comme les autres ministres, Jean-Michel Blanquer n'a pas sauté le pas.

Les « cavaliers légers »

Désormais embarquées dans la machinerie ministérielle, les administrations sont déjà suffisamment secouées. Les directeurs sont réunis une fois par semaine par leur ministre, qui les emmène en déplacement. Ceux de Bercy ont été consultés par Matignon sur le budget. Leurs troupes sont invitées à se mettre en «mode projet»: des groupes de travail pour défricher des chantiers. Dans les notes qu'elles transmettent au cabinet, elles ne doivent plus seulement constater un problème, mais s'engager sur une solution. Mine de rien, le changement de culture est total. Quelques centaines de fonctionnaires sont ainsi devenus des conseillers ministériels. Avec certes l'intérêt du job, mais aussi ses inconvénients. «Je travaille autant qu'en cabinet mais je gagne deux fois moins et je n'ai

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cavaliers legers Macron

pas de taxi pour rentrer chez moi à 23 heures», grince le sous-directeur d'une administration sociale. Édouard Philippe vient d'engager une réflexion sur la modernisation de l'État et la nécessité de concevoir de nouveaux outils de ressources humaines. L'initiative s'appelle «comité action publique 2022». C'est loin 2022!

En attendant, les cernes se creusent. Mais comme souvent chez Emmanuel Macron, il y a plusieurs versants. Si son management est dur, il est «en même temps» entraînant. Les autres croulent sous le travail, mais lui peut - paradoxalement - prendre du temps pour voir les gens et les «traiter». Il y a même cette petite plaisanterie qui court dans les agences de com: «On met un mois et demi à décrocher un rendez-vous avec un cabinet ministériel, 48 heures avec l'Élysée.» Emmanuel Macron a réussi, sur sa personne, à bouleverser les règles de la politique dans la campagne. C'est sur sa personne qu'il entend créer l'adhésion une fois au pouvoir. Il sait son pouvoir de séduction et en joue. Yeux dans les yeux et mots doux. «Son regard vous attrape. Il vous donne l'impression que vous êtes unique», s'enthousiasme Christophe Castaner. Les petits mots, eux, suscitent la sympathie. «Ma poule» est ainsi très en vogue. C'est le nom que donne Emmanuel Macron à Gaspard Gantzer, comme ce dernier le rapporte dans son livre. «Mon poulet», choisit Christophe Castaner pour s'adresser à Edouard Philippe. «Mes cocos», lance le président à ses proches lorsqu'ils sont en groupe. Pas d'affect, mais de l'attention.

Les premiers arrivés dans l'aventure sont particulièrement choyés, ces «cavaliers légers» que sont ses conseillers de la campagne et/ou ceux de Bercy. Alexis Kohler, Ismaël Emelien, Sylvain Fort, Stéphane Séjourné, Sibeth Ndiaye - à l'Élysée -, Julien Denormandie - logement -, Jean-Marie Girier - conseiller à l'Intérieur - et Benjamin Griveaux (lire p. 32), le nouveau porte-parole du gouvernement. Il les protège, se protège par eux. «On est souvent appelé en urgence sur un problème, on laisse tout tomber et on arrive», livre l'un d'eux. Et quand ce n'est pas en face, c'est dans les boucles Telegram et WhatsApp. Un fil permanent les unit. Avec les ministres, il a eu des tête-à-tête fondateurs avec chacun. Il les répète si nécessaire (un dîner avec Hulot pour chasser un état d'âme) et se montre très réactif à leurs interrogations. À un SMS, il répond dans la seconde. Et si ce n'est pas lui, c'est son double Alexis Kohler. Il reçoit les parlementaires, par commissions le plus souvent, pour leur faire à chaque fois un «mini-discours de politique générale», raconte le député Gabriel Attal, une façon de les arrimer à l'aventure. Il s'entretient longuement avec chaque personnalité qu'il va nommer. Quant au couple Emmanuel-Brigitte Macron, il a compris depuis peu qu'il fallait aussi chouchouter certains animaux politiques: Gérard Larcher pour lui; Carla Bruni-Sarkozy et Michèle Laroque, les compagnes de Nicolas Sarkozy et de François Baroin, pour elle...

Avec tous, il échange, constamment. Dès 22 heures démarre la salve des messages. «Comment tu sens les choses?» «Il sollicite notre intelligence, nous donne le sentiment de participer à l'aventure», indique Sibeth Ndiaye. «Le dialogue avec lui est très gratifiant», ajoute Jean Pisani-Ferry. «Il pense que son aventure est tellement extraordinaire que ça vaut tous les managements du monde», signale un conseiller. Qui dit aventure, dit mystère. Emmanuel Macron en joue. L'incertitude crée la tension, et la crainte la soumission. L'insécurité est devenue un ingrédient essentiel de son fonctionnement. C'est un «sphinx mitterrandien», observait déjà Philippe Besson dans son livre. Dans cette grande bande d'aventuriers de la politique, rien n'est jamais certain. Vous êtes invité à rencontrer le président? Vous serez peut-être seul, peut-être vingt. Il organise des dîners politiques? Jamais le même soir, jamais dans la même configuration. Vous êtes sollicité pour écrire un discours? Vous êtes peut-être plusieurs et ce ne sera pas vous la prochaine fois. Vous êtes du premier cercle? Il y en a bien d'autres que vous ne connaissez pas. «Il a besoin de humer l'air du temps, il ne veut pas de système figé», justifie Christophe Castaner.

Avec le général de Villiers, François Bayrou ou le préfet des Bouches-du-Rhône, il a montré qu'il savait tuer. «C'est De Niro dans «Les Affranchis», souriant à ses amis en même temps qu'il les poignarde», s'amuse un ami du monde des affaires. Ces dernières semaines, la rumeur disait que la relation Macron-Le Maire s'était dégradée. Le président allait-il garder son ministre des Finances? La réponse fut positive, mais «la peur a produit de l'effet, il se tient à carreau», constate un conseiller. Chacun a une place mais elle n'est pas toujours fixe. Les ministres ont des périmètres, pas toujours des territoires. Des nominations viennent ainsi brouiller les frontières. Stéphane Bern est nommé à la tête d'une mission de préservation du patrimoine, quand c'est théoriquement Françoise Nyssen, ministre de la Culture, qui a la tutelle. Jean-Paul Delevoye est haut-commissaire en charge de la réforme des retraites, quand c'est Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, qui mènera la réforme. Ça frotte, ça coince. Et c'est fait exprès. «Il faut qu'on ait un truc darwinien», préconisait déjà Emmanuel Macron en concevant En Marche. Tout comité local qui veut se créer sur le territoire se créera. «Les mauvais mourront, de la confrontation avec les autres on verra ce qu'il ressort", jugeait-il alors. On est toujours dans cette logique.

Le leader Emmanuel Macron est à la fois Américain (technicien), Français (charismatique) et Chinois (secret), selon la typologie dressée par Jean-Pierre Raffarin pour son cours à l'ESCP-Europe. Son cocktail - travail, enthousiasme, doute -, a mis son équipage en marche. Mais les troupes sont déjà taraudées par des questions. Un quinquennat entier peut-il se dérouler en mode commando? Comment faire en sorte que l'administration ne prenne pas le pas sur le politique? En 2017, Emmanuel Macron a hérité une France immobile et fracturée. Or tout médecin le sait : un remède (de cheval) peut être adapté à l'un des maux sans l'être pour l'autre.

Le jeu des horloges

Emmanuel Macron a deux unités de temps, l'infiniment rapide (souvent) et l'infiniment lent (parfois). Capable d'«acheter" en une heure la stratégie de Jean-Claude Mailly sur les ordonnances, ou de rectifier le discours de politique générale sitôt après son prononcé. Mais il lui arrive de procrastiner. Il a besoin de «sentir un sujet» avant de s'y lancer, de «générer du contradictoire», disent ses proches, c'est-à-dire d'entendre les avis des uns et des autres, opposés si possible, et de laisser «décanter» avant de trancher. La question du parti LREM ne l'intéressait pas, il a choisi une direction collégiale, puis s'est convaincu de changer, mais en prenant deux mois avant de retenir Christophe Castaner. Dans la campagne, «le programme et le livre, ça a été l'enfer», se remémore un conseiller. Quant au feuilleton du mini-remaniement de novembre, il a été interminable. «Mais c'était pour jouer avec les nerfs des journalistes", dit-on.

La circonférence du premier cercle

Ils se revendiquent tous du «premier cercle", mais il y en a en fait (au moins) trois, avec à leur point d'intersection trois personnes: Alexis Kohler, Ismaël émelien et Julien Denormandie. Le premier est issu du cabinet du ministre Macron à Bercy: Stéphane Séjourné, Anne Descamps, Sibeth Ndiaye, Clément Beaune, Thomas Cazenave, Sophie Ferracci. «C'est là, au moment de la loi Macron que s'est scellée l'aventure», décrypte l'un d'eux. Mais l'acte fondateur ne date-t-il pas plutôt d'octobre 2015? La loi Noé recalée, un groupe se met à travailler discrètement à la naissance d'En Marche. Il forme un deuxième «premier cercle» où prennent place Benjamin Griveaux, Jean-Marie Girier, Stanislas Guérini, Adrien Taquet, Cédric O, Emmanuel Miquel. «Nous sommes les premiers à avoir marché", disent-ils, en continuant à échanger et à dîner ensemble (tous les deux mois). Enfin, les chevilles ouvrières de la campagne forment un troisième ensemble, avec Sylvain Fort s'ajoutant à Kohler, Emelien Denormandie, Girier, Séjourné, Ndiaye. Tous sont aujourd'hui disséminés, à l'Élysée, dans des ministères, à l'Assemblée. Liés et/ou rivaux, mais surtout vigies de leur candidat devenu président.

Qui lui dit non?

Emmanuel Macron sollicite souvent. «Comment tu sens les choses?", lisent ses interlocuteurs sur l'écran de leur smartphone; «Allez, dis-moi tout: ce qui va et ce qui ne va pas», peut-il demander à l'un de ses ministres. Pour autant, lui parler vrai ou lui dire «non» est plus difficile qu'avant, confient ses proches. «Ben, c'est le président de la République», s'excuse un poids lourd sans vouloir être cité: la critique publique paraît carrément inconcevable. «Il ne sollicite rien, c'est juste «Miroir, mon beau miroir»», grince un visiteur du soir déçu. Le premier cercle est tellement impliqué désormais que l'esprit critique peut s'émousser. Une poignée d'hommes d'affaires qui le connaissent depuis longtemps tentent de le ranimer. «Il n'a pas aimé qu'on lui dise que l'été n'allait pas, avec de Villiers et les APL, il a fait la tête quelques semaines, il ne répondait plus aux messages, mais c'est revenu, il écoute", affirme l'un d'eux. Et Brigitte Macron? C'est là son vrai rôle de première dame: dire.