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L'échec des négociations ce weekend, puis les déclarations hier des différentes parties prenantes limitent la visibilité sur l'avenir politique en Allemagne, sans pour autant perturber les actifs financiers.

L'Eclaireur - CMCIC - 21 novembre 2017

Les socialistes du SPD refusent pour l'heure d'entrer à la table des négociations et la probabilité d'élections anticipées dans les prochains mois s'est renforcée, même si elles ne remettraient vraisemblablement pas en cause les équilibres actuels selon les derniers sondages. Le blocage politique n'impactera pas la reprise économique mais risque de retarder les avancées quant à la construction européenne. De son côté, Theresa May a validé l'augmentation de l'enveloppe consacrée à la soulte financière (sans chiffrage officiel) afin de se rapprocher des exigences des Européens.

Aux Etats-Unis, le retrait définitif de Janet Yellen offre la possibilité pour D. Trump de remodeler la Fed, sans toutefois la déséquilibrer, afin de poursuivre la remontée graduelle des taux directeurs. Enfin en France, si les dernières prévisions sur la soutenabilité du système des retraites attestent d'un léger mieux, elles confirment aussi le besoin de réformer, l'exécutif devant faire une proposition d'ici au S1-2018.

Le risque politique allemand ne perturbe pas les marchés financiers. Les multiples déclarations des différentes parties prenantes, qui ne permettent pas d'y voir plus clair, n'impactent toutefois pas les actifs financiers et notamment l'euro qui reste stable après le première mouvement de baisse d'hier matin. La dynamique de croissance dans l'ensemble de la zone euro, qui ne sera pas interrompue par les questions politiques allemandes, reste un facteur de soutien à la monnaie unique en prévision du retrait graduel de la BCE à partir de 2018. Angela Merkel a confirmé que deux options étaient sur la table. D'un côté le SPD revient dans les négociations afin de reformer une « grande coalition », ce que Martin Schulz et la direction du parti refusent pour l'heure. De l'autre, elle ouvre la porte à la tenue d'élections anticipées qui pourtant, selon les derniers sondages, ne modifieraient pas l'équilibre politique entre les partis.

D. Trump a les cartes en main pour redessiner la Fed. Janet Yellen sera remplacée à la fin février par Jerome Powell et cette dernière quittera l'ensemble de ses fonctions (y compris son droit de vote au conseil des gouverneurs), ce qui laisse des marges de manœuvre au Président américain pour remodeler la composition de la banque centrale avec quatre nominations à des postes de gouverneurs votants dans les semaines à venir (la Maison-Blanche a indiqué que la question des remplacements sera traitée d'ici la fin de l'année). En nommant J. Powell, Washington a choisi la continuité dans le resserrement monétaire (favorisé par un environnement économique porteur), sans vouloir déséquilibrer le directoire. Le mois dernier, le choix de Randal Quarles, à tendance très hawkish (favorable à une politique monétaire plus restrictive), a confirmé que les personnalités qui seront retenues auront un biais plus restrictif et surtout en faveur de la déréglementation bancaire. Ceci laisse peu de place à une interruption du resserrement monétaire et donc au mouvement d'appréciation des taux longs.

Theresa May semble enfin trouver un consensus au sein du gouvernement britannique quant à une facture du Brexit revue à la hausse. Des rumeurs évoquent même un montant hypothétique entre 40 et 50 MM€, soit un équilibre entre les 20 MM€ originellement proposés par Theresa May, et les 60 MM€ demandés par l'Union européenne. Pour autant, le gouvernement britannique ne souhaite dévoiler ce montant que le 8 décembre, afin de limiter le temps de réaction des Européens qui se réunissent les 14 et 15 décembre en Conseil Européen. Ils y jugeront si les avancées sur les trois sujets clefs (facture, Cour de Justice de l'UE, frontière Nord-irlandaise) sont suffisantes pour entamer les négociations commerciales. En attendant, de nouvelles dépenses se profilent pour les Britanniques : celles des déménagements des agences européennes situées à Londres. Si Amsterdam accueillera l'Agence du médicament, c'est Paris qui hérite de l'Agence bancaire européenne.

Le poids des retraites se réduit pour Emmanuel Macron. Le tableau s'éclaircit pour la mise en œuvre de la réforme prévue par le nouveau président de la République, qui souhaite remplacer la trentaine de régimes existants par un système universel par répartition. Alors que les prévisions de juin du Conseil d'Orientation des Retraites (COR) avaient dressé un tableau moins favorable que prévu en intégrant les nouvelles projections démographiques, l'institution s'apprête à revoir à la baisse le déficit des retraites à l'horizon 2020. Le besoin de financement serait ramené à 0,1% du PIB en 2020 (2,2 MM€) vs 0,4% initialement prévu en juin, grâce à une croissance plus vigoureuse jusqu'en 2023 qui réduit mécaniquement le poids des pensions.

Toutefois, la réforme du gouvernement devra composer avec la dégradation confirmée en novembre des comptes des retraites à partir de 2023, et dont le déficit sera supérieur à 0,5% du PIB vers 2030. Dans le meilleur des cas (celui de l'hypothèse optimiste d'une croissance de la productivité de +1,8%), le retour à l'équilibre n'interviendrait pas avant 2037. Le gouvernement ne souhaitant pas modifier l'âge de départ à la retraite, les négociations autour du projet de système à points unifiés constituent ainsi le véritable prochain point sensible pour le gouvernement, après celles de l'assurance chômage et de la formation professionnelle. Sur ce point, le nouveau haut-commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye va lancer une 1ère prise de contact officielle avec les partenaires sociaux dès aujourd'hui, alors que les discussions formelles avec le gouvernement démarreront au cours du 1er semestre 2018.