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Pour le numéro 2 du Medef, l’allégement de la taxation sur les revenus du capital et la création de l’IFI sont de nature à lutter contre l’exode fiscal

Le JDD - 01 octobre 2017 - Propos recueillis par Emmanuelle Souffi (Photo AFP/JEFF PACHOUD)

Pensez-vous que les orientations fiscales prises par le gouvernement vont dans le bon sens ?

C’est un budget qui ne résout pas l’écart de compétitivité avec nos voisins mais qui envoie aux entrepreneurs des signaux forts sur l’attractivité du pays. J’ai envie de dire à ceux qui se sont exilés fiscalement : c’est le moment de rentrer ! En tant que dirigeants français, nous avons une responsabilité citoyenne : investissons et restons en France ! J’en entends déjà qui réfléchissent à un retour car pour eux la France redevient un pays normal.

« J’ai envie de faire passer un message aux patrons français : c’est le moment d’investir ! »

 

Un pays normal, c’est-à-dire ?

D’un côté, on supprime partiellement un impôt absurde, l’ISF, qui n’existe nulle part ailleurs. Et de l’autre, on met en place une imposition des gains en capital qui se situe dans la moyenne des pays européens. Nous ne demandons pas un pays sans impôts ! Il y aura toujours un petit pourcentage de Français fortunés qui partiront ou refuseront de rentrer, mais la plupart des entrepreneurs sont conscients de pouvoir bénéficier en France de la qualité de vie, d’un système scolaire et de santé quasi gratuit, d’écoles d’ingénieurs de très bon niveau qu’on nous envie ailleurs. La France est un pays où il fait bon entreprendre ! Mais à condition d’être traités normalement. Au fil des réformes successives, la taxation du capital était devenue délirante. Elle pouvait atteindre 100 % ! Quand François Mitterrand crée en 1982 l’impôt sur les grandes fortunes, le contexte économique est complètement différent : l’inflation atteint 15 % et les taux d’intérêt 10 ! Le rendement n’est alors pas le même.

Le Président parie sur l’investissement en faveur des entreprises. Vous y croyez ?

Voilà un second message que j’ai envie de faire passer aux patrons français : c’est le moment d’investir ! Ces mesures vont prendre le quinquennat pour produire leurs effets. L’économie de marché est une économie de la confiance. Helmut Schmidt, l’ancien chancelier allemand, disait : « Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain. » Il faut y croire.

« L’entrepreneur est darwinien. Il n’y a pas plus mobile et adaptable que lui ! »

Certes, mais aucune obligation n’est prévue en contrepartie de l’allégement de l’ISF…

C’est une polémique inutile. L’entrepreneur est darwinien. Il n’y a pas plus mobile et adaptable que lui ! Et avec l’économie de la connaissance, c’est de plus en plus vrai. Tous les pays qui taxeront le capital et l’intelligence sortiront de l’Histoire. Quand on utilise la fiscalité pour forcer les comportements économiques, ça s’appelle une niche fiscale. Et cela créé toujours des effets pervers. Il faut faire confiance au côté rationnel des agents économiques, l’investissement sera au rendez-vous.

Face aux mécontentements, redoutez-vous que le Président lâche du lest ?

Il ne cédera pas ! Il y a une polémique qui naît sur l’air de « Macron, président des riches ». Le rôle des politiques est d’annoncer les mesures avant l’élection. C’est ce qu’a fait Emmanuel Macron. Il a la légitimité du suffrage universel et entre la présidentielle et les législatives, cette légitimité est très récente. Les Français ont le droit de manifester, mais la démocratie s’est exprimée dans les urnes. Ceux qui manifestent sont obnubilés par l’égalitarisme. Il y a deux manières d’utiliser la fiscalité : soit pour faire de la morale, soit pour être efficace. Depuis trente ans, on a fait de la morale et on a perdu en attractivité et compétitivité. Globalement, les Français, même si certaines mesures ne leur conviennent pas, ont envie de donner sa chance au gouvernement. On n’a jamais essayé ce type de solutions, voyons ce que ça donne avant de tout remettre en cause.