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Le temps de l'allégresse.

Par Jacques DE PANISSE

Président du Directoire, Gérant et Associé

Portés par des résultats du 4ème trimestre supérieurs aux anticipations des analystes, les marchés financiers poursuivent leur tendance haussière.

Cette crise, darwinienne, accélère et accroit la sélection.

Les écarts de performance se creusent entre les différentes zones géographiques et les différents secteurs ; certains sortiront fortifiés de l’épisode Covid, d’autres fragilisés, d’autres enfin, exsangues.

Depuis début 2021, les grands indices progressent en moyenne de 3% en Occident et de 5% en Asie. La maîtrise de la situation sanitaire en Extrême Orient a permis un redémarrage économique à la fois plus précoce et plus soutenu. L’indice CSI 300 (Shanghai & Shenzhen Index) chinois progresse de 36% depuis le 1er janvier 2020. A l’Ouest, sur 13 mois, le S&P 500 américain enregistre une hausse de 22% tandis que le Stoxx Europe 600 Net Return se contente de stagner, avec 1%.

Ainsi, depuis le début de l’épidémie, les trois grandes puissances économiques évoluent à des rythmes différents, en déployant des moyens différents. La Chine accélère sans augmenter sa masse monétaire, les Etats-Unis maintiennent une allure soutenue, empruntent massivement au futur et injectent pléthore de liquidités, l’Europe développe des efforts équivalents mais perd du terrain.

La diversité des performances s’est également manifestée au niveau des secteurs d’activité. Sur 13 mois, les valeurs technologiques associées à internet sont en hausse de 64% aux Etats-Unis et de 24% en Europe, très démunie dans cette catégorie il est vrai. Aux Etats-Unis, les semi-conducteurs et la distribution, portée par internet, suivent avec 52%. En Europe, les premiers sont peu représentés et la seconde, plus conservatrice, se satisfait de 13%. Outre Atlantique, les banques baissent de 7%, en Europe ce secteur essentiel accuse la chute la plus conséquente de l’indice, soit -20%.

Les GAFAM ont été les grands vainqueurs de cette période Covid. Or l’Europe ne possède aucune société susceptible de concurrencer ces géants et la caractéristique de ces entreprises est de réserver au leader une position mondiale dominante. Vente en ligne, paiement en ligne, cloud, Health tech … les activités qui sortiront renforcées de la phase Covid sont le plus souvent américaines et dans une moindre mesure chinoises.

L’Europe cumule malheureusement une présence rare dans les secteurs prédisposés à prospérer et une abondance d’acteurs dans les secteurs les plus vulnérables. Les activités liées aux accords de Paris devraient bénéficier des largesses de nombreux plans de relance. Certaines entreprises européennes sont bien placées. La Chine se tient cependant en embuscade dans les domaines du solaire, des batteries, de l’éolien … avec des prix très compétitifs.

Le PIB chinois a progressé de 2% en 2020 et le CSI 300 se situe 30% au-dessus de son niveau pré Covid. Le PIB américain s’est contracté de 3,5% en 2020 mais le NASDAQ est aujourd’hui 40% au-dessus de son niveau pré Covid. En Europe, le PIB a baissé de 7,5% et l’indice Stoxx Europe 600 Net Return est encore 4% en-dessous de son niveau de février 2020.

Alors quelle stratégie faut-il adopter ? Miser sur le rattrapage des secteurs européens en retard ou préférer la qualité intrinsèque de valeurs de croissance déjà fortement valorisées, le plus souvent hors d’Europe ?

Notre démarche a toujours privilégié la croissance. Désormais, il paraît souhaitable d’écouter avec soin les perspectives envisagées par le management pour s’assurer surtout de la pérennité de la croissance. Mais il existe aussi des sociétés fortement décotées qui bénéficieront du rebond, une fois les vaccinations terminées.

Dans des marchés pilotés par les algorithmes et le momentum, le timing est clé et les critères de sélection sont à la fois variés et variables. La diversité des profils, des provenances et des durées de détention confère au portefeuille un équilibre qu’il faudra réaménager une fois l’enthousiasme post Covid retombé.

En attendant, les liquidités abondent, les banques centrales confirment vouloir garder les taux bas et une euphorie contagieuse s’empare des intervenants. Alors, goûtons l’allégresse … tant que ça dure !

Rédigé le 7 février 2021

 

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