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Qu’est ce qui fait monter les marchés ?

Par Jacques de Panisse Passis

Président du Directoire, Gérant et Associé

Le déconfinement progressif en Europe, aux Etats-Unis et en Asie apporte enfin un certain bien-être. Le pire est passé, devant nous se profilent les perspectives d’une reprise soutenue. Bien sûr, il faudra bien un jour comptabiliser les coûts d’un arrêt brutal de nos économies, mais pour l’instant l‘enthousiasme est de rigueur.

Si la liberté de déplacement est une forme de respiration retrouvée, il n’en demeure pas moins que de nombreuses personnes craignent d’être contaminées, malgré l’application des mesures de précaution, du fait de situations de promiscuité inévitables dans les transports publics ou sur leur lieu de travail.



Il en résulte une poursuite du télétravail dans de nombreux secteurs de services, une réduction des équipes et des cadences in situ, des aménagements du temps de travail, un accroissement de l’absentéisme, une baisse de la productivité. Malgré quelques variantes suivant les pays, la reprise de l’activité s’annonce très graduelle, nous ne retrouverons pas rapidement le niveau d’efficacité de l’avant Covid-19.

Les injections de liquidités des banques centrales et les plans de soutien des gouvernements atteignent des montants inédits, 44% du PIB (produit intérieur brut) aux Etats-Unis, 39% au Japon, 36% dans la zone Euro, 15% en Chine, 14% au Royaume-Uni. Ces aides massives vont permettre de réduire les faillites, de limiter une baisse trop marquée du pouvoir d’achat.

En revanche, les contraintes imposées dans les points de vente et les restaurants vont entraîner un fléchissement des chiffres d’affaires avec un impact inévitable sur les marges. Ces freins à l’acte de consommation s’accompagnent d’une réticence manifeste du consommateur, peu enclin à retrouver sa boulimie dépensière de l’ancien temps.

Alors que les anticipations macro et micro-économiques prévoient une chute historique d’activité pour l’année 2020, que l’indice de confiance du consommateur américain - précurseur fidèle du comportement de Wall Street - s’effondre, les marchés financiers poursuivent avec vigueur leur rebond. Certains indices comme le Nasdaq ont déjà totalement effacé la correction de mars.
Comment expliquer un tel paradoxe ?

Les banques centrales – à l’exception de la BoJ (banque du Japon) - n’interviennent pas officiellement sur les marchés d’actions cotées. En revanche, au pays du capitalisme souverain, la FED ne peut qu’encourager une bonne tenue des bourses qui financent les entreprises, nourrissent la dynamique économique et assurent les retraites.
La crise de 2008 a mis en évidence les nombreuses années nécessaires pour effacer une chute majeure des indices. A la lumière de cette expérience, les banques centrales ont su développer des outils très élaborés pour soutenir les États, les banques et les entreprises. Dès lors, il semblerait logique qu’elles n’abandonnent pas au sort du marché le cœur stratégique de l’économie, à savoir le capital de leurs grandes entreprises.

La FED comme la BCE semblent soucieuses d’assurer les conditions requises, d’une part pour que les bourses ne baissent pas à l’excès, d’autre part pour qu’elles se reprennent au plus vite.
Aux Etats-Unis, depuis quelques semaines un phénomène se renforce. Les cours se forment en dehors des heures d’ouverture du marché par le biais d’algorithmes qui pilotent des modèles de transactions systématiques, lesquels assurent 90% du volume échangé. Certes, de nombreux particuliers ont acquis des actions lors de la dégringolade des marchés. Ils ont contribué à la reprise des cours, mais à la marge.

En effet, la dynamique actuelle, suffisamment puissante pour impulser des tendances directionnelles, provient d’une source susceptible de déployer des moyens très considérables.
Les banques centrales, après avoir assuré la baisse régulière des taux d’intérêt, ne peuvent laisser les marchés piloter seuls la valorisation des actions, au gré de résultats trimestriels - parfois calamiteux - l’enjeu est trop stratégique.

Portés par le courant de hausse, le regard rivé sur les horizons lointains, 2022/2023, les investisseurs accompagnent le redressement des indices. Parviendront-ils à maintenir cette vision loin devant lorsque paraîtront les résultats du 2ème trimestre 2020 ?

Le 3 juin 2020

 

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