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Le Dragon noir

Par Jacques de Panisse Passis

Président du Directoire, Gérant et Associé

Le coronavirus (2019-nCoV) est un phénomène que nous pressentons comme une menace d’une nouvelle génération. Par sa capacité d’évoluer vers une pandémie mondiale en quelques mois, il présente un pouvoir de déstabilisation notable à l’échelle planétaire.
La mondialisation, associée à une recherche permanente d’optimisation des coûts de production, entraîne une interdépendance des économies nationales.
La multiplication des fournisseurs avec une grande variété de provenances géographiques expose le fabricant, qui s’efforce de maintenir sa compétitivité, à une vulnérabilité constante. Un seul fournisseur qui livre en retard ou qui ne livre pas met en péril la fabrication du produit fini.
Exposés à diverses expériences survenues depuis 20 ans, le plus souvent issues de phénomènes naturels imprévisibles (inondation, raz de marée, tremblement de terre …) les industriels ont appris à s’adapter.

Le défaut de livraison d’une pièce attendue à la date requise peut, éventuellement, être compensé par une commande urgente auprès d’un fournisseur concurrent. Cependant, l’absence d’économie d’échelle et le caractère pressant ont un impact inévitable sur le coût qui se répercutera sur la marge de l’industriel. Ce moindre mal est toutefois préférable au défaut de production/ livraison de la commande, à l’origine de pertes et de possibles contentieux, si le cas de force majeure n’est pas reconnu.
La province chinoise de Hubei et sa capitale Wuhan comportent respectivement 60 et 11 millions d’habitants. Il est clair que le confinement imposé à la population pour éviter la propagation du virus a, dans un premier temps, paralysé la région et va, dans un second temps, affecter les chaînes d’approvisionnement de nombreux clients chinois et étrangers. Ces complications occasionneront des retards et des arrêts de production, des fermetures temporaires d’usines, des ralentissements de livraisons, une réduction de la consommation, un abaissement des marges, un recul des prix des matières premières, de moindres investissements … Les imbrications sont telles que la contamination paralysante se propage rapidement à de nombreux secteurs de l’économie, dans le pays à l’origine du bouleversement puis dans les économies partenaires, c’est-à-dire toute la planète !
En 2020, la Chine est le premier fournisseur de 65 pays et représente 11% du commerce mondial de marchandises. Signalons également que la Chine assure 40% de la croissance mondiale. Cette mise en perspective permet d’apprécier l’ampleur de l’onde de choc éventuelle.
Les statistiques qui permettent de suivre le développement du coronavirus demeurent imprégnées des intentions politiques du gouvernement chinois. Il semble raisonnable d’en conclure que les nombres annoncés sont très inférieurs à la réalité. En revanche, il est certain que le pouvoir de conviction des autorités chinoises a permis d’obtenir, certes un peu tardivement, des mesures d’isolement qu’il n’aurait jamais été possible d’observer en Amérique du Sud, en Afrique Centrale ou en Europe du Sud.
Il faut admettre qu’il est impossible d’anticiper l’apparition d’une telle épidémie, comme il est illusoire de vouloir prévoir sa rapidité de propagation ou l’ampleur de ses conséquences économiques. Nous abordions le mois dernier l’art de la prévision … cet événement illustre le propos.
Néanmoins, des professionnels informés estiment que les développements actuels, liés notamment à la discipline qu’impose la Chine à sa population, permettent d’anticiper un scénario central - avec une occurrence de 60% - dans lequel la présence du virus se trouverait cantonnée à la province du Hubei vers la fin février. L’impact du 2019-nCoV sur l’activité économique entraînerait alors un ralentissement de la croissance annuelle du PIB chinois, de 5,9% à 5,6%.
Notre vigilance à l’égard des marchés est le résultat d’un état d’esprit qui admet le principe d’incertitude permanente. Cette attitude anti-conquérante implique une humilité constante et conduit à se positionner pour faire face au risque latent. Notre position « or », renforcée régulièrement dans le courant de l’année 2019, est l’une des expressions de cette gestion de l’imprévisible.

Le 9 février 2020

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