Olivia GISCARDESTAINGPar Olivia Giscard d'Estaing

Directeur

L’art de la prévision, traditionnel en début d’année, est-il un exercice utile ou, au contraire, caractérisé par son inanité ? La question n’est pas anodine alors que l’on sait pertinemment que la plupart des anticipations, même établies par les plus éminents économistes, sont régulièrement prises en défaut par la réalité des faits ? On se souvient des prédictions d’Irving Fisher, l’un des experts économiques parmi les plus réputés de son époque, qui, à la veille du krach de 1929, annonçait le maintien des cours boursiers à un haut niveau pendant plusieurs mois. Ou de la prophétie malencontreuse du Président des Etats-Unis, Herbert Hoover, qui n’hésitait pas à annoncer « la prospérité au coin de la rue » à la veille de la plus grande dépression économique de l’histoire.

La réponse est nuancée. Il est vain de considérer comme une certitude les prévisions du consensus des économistes qui, rappelons-le, anticipent le maintien de l’environnement économique actuel caractérisé par une reprise économique mondiale synchronisée de l’ordre de 3,6% accompagnée d’une modeste inflation, autour de 2%. L’évolution du dollar et du pétrole restent des paramètres à intégrer : en 2017, le dollar a connu sa première forte baisse depuis mi-2014 (-14% contre euro) à l’inverse du pétrole en hausse de 13%.


Cependant, un bon diagnostic de la situation présente l’intérêt de se concentrer sur l’essentiel et donc de se poser la question suivante : quels sont les éléments qui pourraient faire dérailler ce scénario idyllique ?

Il nous semble que le niveau d’inflation est la clé du problème. C’est lui qui déterminera l’évolution des politiques monétaires, des taux d’intérêt et, in fine, des marchés actions. Mais comment le prévoir ? Même au sein de la première banque centrale du monde, la FED, aucun consensus ne se dégage. L’important n’est pas forcément d’avoir la réponse immédiate mais d’avoir l’œil sur cet agrégat, bien identifié comme étant essentiel. Il s’agit donc de braquer les projecteurs sur les indicateurs annonciateurs d’une évolution de l’inflation. A ce jour, il est très prématuré d’anticiper un net regain d’inflation capable de déstabiliser les marchés financiers. Certaines forces déflationnistes sont en effet toujours en place : concurrence mondiale, robotisation, technologies disruptives avec l’intelligence artificielle, augmentation de l’épargne des ménages.

Face à des prévisions dont la réalisation purement quantitative reste aléatoire, il n’en demeure pas moins que l’analyse de l’environnement permet de dégager des tendances de fond au sein de l’économie mondiale. Certaines évolutions n’en sont qu’à leurs prémices.

Concentrons-nous sur quelques orientations majeures de nos économies : l’importance grandissante des économies asiatiques sur l’échiquier mondial, l’enjeu de la sécurité informatique et l’évolution des moyens de paiement.
Il est indéniable que le poids et l’influence de l’Asie ne cesse de s’accroître. D’ici 2030, la Chine deviendra la première économie du monde, devançant les Etats-Unis.

Quant à l’Inde, elle passera du 7ème au 3ème rang mondial. En 2014, la Chine ne comptait que 14 « licornes » (start-up dont la valorisation dépasse 1 milliard de dollars). Elle en compte déjà 56 trois ans plus tard dont quatre parmi les dix plus grosses mondiales.
La sécurité informatique restera une préoccupation majeure de tous les acteurs économiques. L’essor de l’intelligence artificielle combiné au développement des objets connectés fait déjà l’objet de scénarios catastrophes et alimente la créativité des romanciers et cinéastes.
Enfin, la transformation de nos moyens de paiement est déjà en marche. Si l’engouement pour les cryptomonnaies (Bitcoin, Ethereum, Ripple) peut paraître exagéré, il reflète néanmoins les possibilités offertes par les nouvelles technologies. La part de paiement en liquide est naturellement destinée à diminuer.

Tenir compte de ces évolutions dans la stratégie d’investissement nous paraît nettement plus créateur de valeur que de fonder son allocation d’actifs sur des prévisions purement économiques.
Face à l’accélération des bouleversements en cours, ne doutons pas que l’année 2018 continuera d’offrir de nombreuses opportunités d’investissements.