JDPP bureau inversePar Jacques de Panisse Passis

Président du Directoire, Gérant et Associé

L’expansion économique mondiale est nourrie par l’accélération de la croissance en Europe et dans une majorité des pays émergents. Les Etats-Unis n’ont plus le rôle moteur du fait d’une activité qui, depuis quelques mois, marque un certain essoufflement.

Janet Yellen a admis que la FED ne comprenait pas pourquoi l’inflation demeurait aussi faible. Cette décorrélation entre la reprise et l’inflation permet aux marchés financiers d’envisager, sur la durée, un maintien des taux longs à des niveaux particulièrement bas.
Il en résulte une perception du risque très atténuée qui explique en grande partie l’effondrement de la volatilité à des niveaux historiquement bas depuis mai.

Pour les banques centrales, cette situation troublante complique la communication. Pour les investisseurs, l’absence de remontée des taux d’intérêt offre une visibilité confortable qui justifie une appréciation généreuse des valorisations.

Les actions américaines ont beaucoup progressé, les deux principaux indices, le Standard & Poor’s et le Nasdaq, sont à leur plus haut historique. La moindre déception sur la croissance ou les perspectives des taux pourrait fragiliser l’enthousiasme actuel.

La principale mesure susceptible de doper les résultats des sociétés est un abaissement significatif du taux d’imposition.

 

Cependant, les maladresses de Donald Trump ont compromis les sources d’économies qu’aurait offertes une réforme profonde de la loi Santé. Les démocrates ne veulent pas renier l’Obamacare et les républicains n’osent assumer un retentissant déficit budgétaire.

Avec le coût des ouragans et des promesses faites à la Défense, l’absence d’accord possible au sein du Congrès semble compromettre l’apparition d’une refonte fiscale, en faveur des sociétés notamment. La principale mesure capable de stimuler une croissance un peu faible paraît désormais improbable.

Le renouvellement de 4 sièges sur 7, du comité de politique monétaire du FED pourrait également réveiller la crainte des investisseurs. La Maison Blanche qui nomme les gouverneurs avec l’accord du Sénat devrait privilégier une conduite plus « faucon » en faveur d’une remontée des taux d’intérêt. Le principal paramètre qui détermine la cherté des marchés pourrait ainsi se détériorer durablement.

A ce titre, les actions américaines sont vulnérables et il faudra être attentif aux discussions budgétaires, à l’inflation sous-jacente et aux initiatives de l’administration Trump.

En Europe, la croissance accélère et les carnets de commandes sont au plus haut depuis 1985.

Pourtant, les entreprises doivent faire face à des difficultés de recrutement, à un niveau très élevé d’utilisation des capacités de production, au plus haut depuis 2008, à une progression des coûts de production liée à la hausse du prix de nombreuses matières premières. De plus, le renforcement de l’euro complique la situation concurrentielle sur les marchés extérieurs.

Ces éléments ne constituent pas un handicap insurmontable dès lors que les entreprises disposent de « pricing power ». Il faut admettre cependant que la plupart des sociétés préfèrent, pour l’instant, ne pas modifier leur prix de vente et attendent une conjoncture plus propice pour faire passer une augmentation tarifaire.
Les entreprises européennes, dans l’ensemble, affichent une profitabilité accrue. Cependant, l’analyse des facteurs de rentabilité met en évidence l’impact déterminant de la baisse des taux d’intérêt à l’origine de nombreuses restructurations de la dette.

En revanche, les résultats d’exploitation n’ont pas bénéficié du même élan. Une fois ces opérations achevées, une probable accalmie s’installera.
L’environnement actuel nous paraît encore sain et porteur, notamment dans des secteurs liés à l’innovation technologique. Néanmoins, quelques clignotants pourraient s’allumer prochainement en l’absence d’initiatives politiques probantes.