JDPP bureau inversePar Jacques de Panisse Passis

Président du Directoire, Gérant et Associé

Le mois de juillet a permis, une fois encore, de confirmer la tonicité de la croissance européenne.

L'amélioration du chômage et de l'investissement sont des facteurs très encourageants. Ces bonnes nouvelles au plan macro-économique s'accompagnent de solides résultats de sociétés et de perspectives confiantes, dans l'ensemble.

Face à cette situation favorable, les Etats-Unis paraissent englués dans une incapacité persistante liée aux maladresses de Donald Trump et aux hésitations du Congrès. Aucune réforme ne parvient à prendre place. L'absence d'accord sur la refonte envisagée de l'Obamacare exclut de potentielles économies budgétaires et repousse à 2018, dans le meilleur des cas, les réformes fiscales qui alimentaient l'enthousiasme de Wall Street.

Sans initiative nouvelle de la Maison Blanche acceptée par le Congrès il y a peu de raison d'anticiper un rebond de la croissance ou de l'inflation. Ce constat affaiblit le dollar.

Pour l'instant, les Etats-Unis enregistrent une croissance satisfaisante mais les tensions salariales demeurent trop faibles pour inciter la FED à poursuivre sans tarder la normalisation en cours. Une économie qui ronronne sans inflation permet à la FED d'agir sans hâte.

 

De l'autre côté de l'Atlantique, la BCE, du fait d'une croissance européenne robuste, se doit d'envisager un abandon progressif de ses programmes d'achats d'actifs qui visaient à contrer le risque de déflation. Cette perspective, si elle doit être dissociée d'une remontée ultérieure des taux directeurs qui repose sur des tensions de l'inflation sous-jacente, encore bien trop modestes à ce jour, a suffi à nourrir une appréciation significative de l'euro.

L'euro a franchi 1,18 dollar.

Il est certain que ce renforcement de la devise européenne réduira à terme le réveil souhaité de l'inflation et affaiblira la compétitivité européenne sur les marchés mondiaux. Ces anticipations plus sombres ont empêché les bourses européennes de poursuivre leur ascension malgré la qualité des résultats publiés.

En juillet, l'incertitude a dominé les marchés financiers européens qui ont légèrement régressé. A l'inverse, les indices américains ont atteint de nouveaux records tandis que les actions des pays émergents ont enregistré une forte progression, de +6% en moyenne, exprimée en dollars.

La dynamique de croissance qui s'est emparée de la planète économique offre aux banques centrales l'opportunité d'éponger progressivement l'excès de liquidités. Le sommeil persistant de l'inflation leur permet désormais d'agir sans empressement afin de ne pas déstabiliser les marchés financiers.

La croissance sans inflation offre un contexte idéal aux actions. Les valorisations sont élevées et la moindre déception sur les résultats ou les perspectives est sanctionnée sans retenue. L'inconnue demeure la date à laquelle resurgira l'inflation et plus précisément la « core inflation ». Certains économistes pensent qu'elle n'est pas prête de réapparaître, d'autres militent en faveur d'une inévitable corrélation avec une croissance durable et soutenue.

Les statistiques sur l'inflation sont sensibles aux effets de base dans le temps et au parcours changeant du prix du pétrole. Les salaires ne peuvent progresser en présence d'un chômage important ; l'Europe semble de ce fait peu exposée. Cependant, un taux de chômage bas ne garantit pas pour autant des tensions salariales ; les Etats-Unis semblent en faire l'expérience.

En l'absence de certitudes, nous sommes partisans d'un pragmatisme mesuré.